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Suit Yourself
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# Posté le lundi 28 septembre 2009 14:31

Modifié le mardi 29 septembre 2009 12:22

Chapitre premier : Rencontre à la librairie

Chapitre premier : Rencontre à la librairie
18 h 30. C'est bientôt la fermeture du magasin dans lequel je travaille. Ça fait déjà trois mois que j'y suis, et je suis fier de ne pas avoir été viré. Faut dire que mon employeur est un peu aveugle... Breeeef. Je suis en train de fixer ma montre, espérant qu'aucun client ne se montre dans les cinq minutes pour pouvoir partir un peu plus tôt. Le premier qui se pointe j'le massacre. Pour m'occuper un peu, je prends une pile de bouquins pas encore classés et parcoure les allées pour les mettre à leur place. Vivement que ça se finisse, j'suis mort...

18h30. Je suis en retard au boulot, le patron du bar va encore m'allumer. Mais tant pis, je veux ce bouquin. Celui que j'ai vu dans le sac d'une amie, étudiante au même endroit que moi. Et comme la librairie ne m'attendra pas pour fermer, je préfère écouter un nouveau sermon que de devoir reporter mon achat à la semaine prochaine. Oui, quand je veux quelque chose, je l'ai. J'arrive deux minutes plus tard devant la porte. Heureusement, tout est encore allumé et il y bien un jeune homme au comptoir. Je pousse donc la porte en lui adressant une joviale salutation. Je sais, trente secondes avant la fermeture, il va me détester. Pas de chance en plus, un autre homme entre derrière moi. Sans plus attendre, je file dans le rayon qui m'intéresse. Marc Levy, Marc Levy...

18h59, dans quelques secondes je peux officiellement fermer la boutique. Je file derrière le comptoir, attrape ma veste en cuir, commence à la mettre quand... Gling gling gling.. Noooooooooooooon ! Je me retourne brusquement vers la porte où deux clients entrent : une jeune fille, qui me salue, et un homme, sensiblement la trentaine, qui reste cloué dans l'entrée. Je le fusille du regard. Nan mais il se fout de ma gueule ou quoi ? J'ai envie de rentrer chez moi, pas de faire des heures supplémentaires alors que mes amis m'attendent pour manger. J'aimerais faire un meurtre, mais au final, il vaut mieux attendre qu'ils se barrent, ça ira plus vite...

Emy avait beau parcourir des yeux le rayon roman, aucun des nombreux auteurs entreposés ici ne portaient le nom de celui qu'elle recherchait. Pestant mentalement, elle s'apprêtait à changer d'allée quand, en se retournant, elle se retrouva face à l'homme entré en même temps qu'elle qui la couvait d'un regard qui ne trompait pas. Du moins, qui ne la trompait pas elle, , habituée qu'elle était à ces ½illades là. Sans y apporter plus d'attention que, elle tenta de le contourner. Mais visiblement, l'homme, d'une dizaine d'années plus âgées qu'elle, estima qu'il lui fallait lui venir en aide. "Je peux vous aider Mademoiselle ?" L'intéressée secoua la tête avec un sourire charmant- elle n'y pouvait rien - mais alla tout de même droit au comptoir, histoire de ne pas perdre plus de temps. "Huum, je cherche Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites de Marc Levy s'il vous plaît."

La nouvelle arrivante au comptoir n'est pas reçue avec mon plus beau sourire. Moi, Natanael, je ne compte pas la féliciter de me faire faire des minutes supplémentaires de travail. C'est déjà bien assez chiant comme ça... "Mmm..." Je réfléchis. J'ai encore un peu de mal avec ces foutus auteurs. Je retire ma veste avec regrets, me détache du comptoir puis me dirige à travers les rangées de livres. La poisse est avec moi... Je mets bien cinq minutes avant de trouver l'ouvrage demandé. Je le tends à la demoiselle sans même la regarder. " V'là."

Comme elle s'y attendait, l'accueil du jeune homme ne fut pas des plus sympathique. Compréhensible, au vu de l'heure et puis, de toute façon, Emy était dans uns de ses bons jours - du moins, pour le moment. Sans donc se formaliser de la froideur du libraire, elle le suivit à travers les rayonnages que visiblement, il ne connaissait pas à fond. En effet, le jeune homme mit quelques minutes à trouver l'ouvrage qu'elle réclamait. Sans même lui adresser le moindre regard, il le lui tendit. En le remerciant, Emy se mit à le feuilleter rapidement puis jeta un coup d'oeil au résumé, laissant le libraire s'éloigner. Sans qu'elle ne l'ait remarqué, le trentenaire, visiblement têtu, s'approcha encore une fois d'elle, en tentant vaguement de lui faire la conversation sur ce livre que, et cela se voyait à 10 kilomètres, il n'avait pas lu. Vaguement agacée, Emy le remercia d'un sourire froid mais quand elle tenta de le contourner, il la retint pas le bras...

Le libraire s'installa sur son siège, déposant son menton sur ses mains. Il poussa un long soupir. Dans dix minutes, s'ils n'avaient pas bougé de là, il les mettrait dehors, avec un coup de pied aux fesses s'il le faut. Non mais... Le jeune homme passa sa main dans sa chevelure obscure, jetant un léger coup d'½il au registre des horaires posé à côté de lui. Avec un peu de chance le patron allait lui payer des heures supplémentaires !

Emy se retourna vivement vers le trentenaire, bien décidée à lui faire comprendre qu'il en faisait trop. Changeante, la jeune femme... Quelle ne fut pas sa surprise quand elle découvrit l'expression d'horreur qui s'était fixé sur ses traits. Elle le dévisagea, étonnée, mais n'eut pas le temps de dire un mot avant que l'homme ne s'enfuit à toutes jambes.

J'inscris mon nom dans le registre en mettant précisément les horaires d'aujourd'hui, ceux qui étaient prévus. Je laisse la case de fermeture vierge en attendant que les deux clients têtus dégagent le passage. Bordel mais c'est pas mon jour. Je consulte encore une fois ma montre. Mais ils vont dégager oui ? J'observe ma veste qui m'ouvre les bras. Rah, vivement que je puisse m'en aller.

Emy observa sans bouger la silhouette de l'homme s'éloigner à toute allure, puis la perdit du vue quand elle passa devant le comptoir où était retourné le libraire. Elle haussa vaguement ses épaules, et se retourna. Ce n'est qu'au moment où elle surprit son reflet dans une vitre qu'elle remarqua un détail pour le moins frappant. Choquée de se voit littéralement entourée de nombreuses flammes, la belle brune fit deux pas en arrière, étouffant un cri.

Je hume l'air, agacé, et m'apprête à... Heu, un instant. Ça sent le roussi, on dirait que quelqu'un a mis le feu dans la librairie. Je bondis sur mes pieds, les sens en alerte, à la recherche de la mystérieuse source de cette odeur de flammes. Je déglutis péniblement. Ce n'est pas une odeur de livre brûlée que je sens, mais plutôt un corps en flammes. Je dévisage la femme qui ressemble maintenant à une bougie. Je connais cette sensation, je m'y suis trouvée confronté il y a quelques années quand j'ai failli me noyer en mer. Sauvé par une bulle d'eau formée par je ne sais quel miracle encore.

La jeune femme resta un instant immobile face à cette image. Non, elle ne rêvait pas. Elle était bien là, plantée au milieu d'une librairie, et elle s'était... enflammée. Un mouvement violent de panique la poussa à se retourner, pour se retrouver face au libraire, également bloqué devant elle. Sans réfléchir, elle l'apostropha sans même savoir quoi lui demander "Mais merde !! Bougez-vous ! "Faites un truc, n'importe quoi !"

N'importe quoi ? Vraiment ? Un sourire en coin de dessine sur mes lèvres quand je me retourne. Je tombe nez à nez avec une bouteille d'eau. C'est moi qui l'ai ramenée ce matin, et je n'y ai pas touché. Je tourne le dos à la bouteille, observant la fille qui panique. Ça va vite s'arranger. Je fais tout pour effacer mon rictus, puis la fixe sans bouger. Soudain je ferme les yeux pour me concentrer sur ce que je vais faire, et seulement sur ça. C'est alors qu'un jet d'eau en provenance de l'arrière boutique s'élève et vient s'abattre -comme par hasard- sur la cliente, avec une époustouflante précision.

Le jeune homme lui tourna soudain le dos, lui arrachant une grimace. Elle pouvait comprendre qu'il s'enfuit, mais franchement, s'il pouvait ne pas la laisser en plan... Elle s'apprêtait à lui enjoindre une nouvelle fois de bouger lorsque qu'il se retourna, un rictus railleur aux lèvres et les yeux posés sur elle. Quelques secondes plus tard, un jet d'eau sortit d'elle ne savait où s'abattit sur elle. Incapable de réagir, Emy se retrouva trempée - et éteinte- en moins de deux secondes. Elle chancela, étourdie, puis trouva appui sur une rangée de livre. Rendue muette par la surprise, elle posa deux prunelles océanes sur le libraire, dans une question muette.

Pendant que je jouais au super héros, le client a disparu. Bon débarras, il ne me restait plus qu'à virer la fille et je pourrais enfin m'en aller. Je me retourne, sans prêter attention à ma cliente qui essaye de comprendre. Bah, c'est mal partit, moi j'ai mis quelques années avant de piger le truc. "Bon, vous prenez le livre ou pas ? Parce qu'on va fermer là..." Je suis impatient parfois, mais là ça presse vraiment, je vais encore me faire remonter les bretelles par les potes...

Sans avoir l'air nullement surpris de ce qui venait de se passer, le libraire se détourna avec flegme d'Emy avant de lui demander si elle comptait prendre le livre. Vaguement, la jeune femme baissa les yeux sur l'ouvrage - intact. Là, elle ne suivait plus. "Attendez... Il vient de se passer quoi, là ?"

Je retiens un petit rire railleur. Bon, elle va répondre à mes question, oui ou non ? Je me retourne vers elle, ayant déjà effacé toute trace d'hilarité de mon visage. Je la fixe avec froideur. "Un incendie mineur, ça arrive souvent aux gens qui arrivent ici après la fermeture." Heu, oui, bon... J'exagère un peu, mais j'aime bien chambrer les gens, surtout quand ils sont là pour me faire perdre mon temps. Je souris vaguement en pointant le livre du menton. "Alors, vous le prenez ?"

La réplique du jeune homme arracha un regard noir à Emy, qui oublia un instant l'étrangeté du moment pour le fusiller des yeux. La changeante jeune femme releva fièrement la tête et colla l'ouvrage dans les mains du libraire. "Le payer vous ferait perdre encore plus de temps, vous ne croyez pas ?" fit-elle sur un ton amer. "Étant donné qu'avant de partir, vous me devez déjà une explication." Sur ces mots, elle se planta fermement devant lui, bien décidée à obtenir ce qu'elle voulait.

"Payer ?" Je fais. "Mais ça c'est le règlement ma p'tite dame." Je souris. J'aime énerver les clients, ça me rappelle quand... Non, rien, j'ai rien dit, oubliez. Je lui tends l'ouvrage. "Ca f'ra 10 ¤." J'inscris le montant dans le recueil des ouvrages vendus, quand elle me demande une explication. De quoi elle parle là ? "Pour ça ?" Je montre le recueil, sachant bien qu'elle ne parle pas de ça. "Un recueil de livres vendus. C'est pour que le patron sache quel livre est parti, au cas où je sois un voleur, vous voyez... Moi, un voleur." Je souris à pleines dents à présent.

Emy dévisagea le libraire, irritée par ses sarcasmes, surtout vu la situation. De caractère très changeant et assez agressif à ses heures, elle préféra un rester là pour le moment, plutôt que de risquer de s'énerver. Avec un regard noir, elle fouilla dans son sac en extirpa le billet nécessaire, coincé entre ses clopes et son briquet. Ayant récupéré l'ouvrage, elle sortit vivement de la libraire, perturbée et franchement en retard, tout en se promettant de repasser le lendemain.

# Posté le lundi 28 septembre 2009 14:54

Modifié le samedi 03 octobre 2009 09:46

Chapitre second : L'Opinel

Chapitre second : L'Opinel
Ah, bah enfin ! C'est pas trop tôt, je suis déjà à la bourre moi... Je mets ma veste, attrape les clés de la librairie et la ferme soigneusement -mais tout de même rapidement- avant de me diriger à toute vitesse vers ma voiture. Je démarre et m'engage sur la route principale qui va me mener au périphérique. C'est quand même bizarre cette histoire de femme qui s'enflamme. Je connaissais cette expression, mais pas au sens propre du terme !

Deux rames de métro et dix petites minutes de marche plus loin, Emy se retrouva enfin devant le bar où elle travaillait presque tous les soirs. Sur tout le chemin, elle n'avait cessé de penser à ce qui s'était passé à la librairie, sans réussir à en tirer de conclusion valables. C'est donc assez troublée qu'elle rentra par la porte de service et qu'elle ignora le sermon de son patron. Sans même lui laisser le temps de finir, elle pénétra dans la pièce bruyante et alla saluer le barman, un ami, avant de commencer à cavaler de tables en tables.

Dommage que le périphérique soit bien surveillé, parce que j'aurais tendance à lever un peu le pied. Vous savez, dix petits kilomètres par heure histoire d'arriver presque à l'heure... Je mets bien vingt minutes à arriver avec ces fichus bouchons. La prochaine fois je prendrais le métro. Il commence à faire nuit sur Paris, sans oublier le froid de canard. Je suis bien content d'avoir le chauffage. Maintenant il faut que je trouve le bar où m'ont donné rendez-vous quelques amis. C'est mal barré...

Le bar était rempli ce soir-là. Sûrement la faute au froid qui s'était installé sur Paris en ce début d'hiver. Emy, dont la collègue était en vacances, ne cessait d'être appelée de tous côté. Pas mécontente de pouvoir occuper ses pensées sur quelque chose de concret, elle fit son service avec une célérité honorable. Mike, le barman, lui adressait un petit encouragement à chaque fois qu'elle passait. La soirée était bien partie pour être longue.

Eh merde... Voilà que j'ai oublié le nom du bar. Ça m'apprendra à noter ce qu'on me dit... Je crois que c'était un nom de couteau, un truc comme ça. Mais moi, les couteaux, j'y connais rien. Je passe dans la rue où sont la plupart des vieux bars (je sais qu'ils aiment les pubs) pour trouver quelque chose qui lui dise quelque chose. Mes pensées s'égarent, je revois la fille partir en flammes. Étrange... Et là, Je pile, on me klaxonne. L'Opineeel ! J'ai enfin trouvé. Je me gare, puis descend de la voiture.

Tout en slalomant entre deux tables pour éviter de marcher sur un sac en plein milieu du passage, Emy jeta un vague coup d'½il par l'une des fenêtre, attirée par un coup de klaxon puis se détourna, arrivée à la table pour laquelle deux bières tanguaient dangereusement sur son plateau. Elle le déposa avec l'addition puis s'en retourna au moment où la porte s'ouvrait, laissant entrer un courant d'air frais. Par réflexe, elle leva la tête vers l'entrée et posa un vaguement son regard sur les nouveaux arrivants.

Une jeune fille arrive juste derrière moi, je lui tiens la porte, la laisse entrer avant moi -notez la galanterie !- et je file me mettre au chaud. Faut dire de la voiture au pub ça a été un supplice. Qu'est-ce qu'il peut faire froid ici. Alors que je cherche mes amis du regard, j'hume l'odeur de nourriture et de cafés bien chauds qui siège dans l'air. "Eh Nate !" Je me retourne en entendant la voix de Laura, une amie avec qui je suis allée au lycée pendant 3 ans. Elle, elle n'a pas arrêté les études. Elle est accompagnée de Stan et Mathilde, deux connaissances. Mains dans les poches, je vais les rejoindre.

La jeune fille qui pénétra dans le bar n'attirant pas l'attention d'Emy, cette dernière détourna la tête et s'approcha d'une nouvelle table dont elle prit la commande. "Deux despé ; un monaco !" indiqua-t-elle au barman avant de souffler deux minutes, appuyée au comptoir et songeant qu'une clope serait la bienvenue. "Emy, y'a une autre table." lui fit remarquer Mike en lui souriant. La jeune femme soupira puis se dirigea rapidement vers le coin indiqué occupé par quatre personnes. "Bonsoir. Qu'est-ce que vous prendrez ?" La phrase habituelle sortit machinalement tandis qu'elle posait les yeux sur un visage qui ne lui était pas inconnu.

Je m'installe avec mon groupe, ne prenant même pas la peine d'écouter les reproches sur mon retard. C'est pas ma faute si ce fucked de boulot prend tout mon temps hein ! Les deux filles finissent quand même par déposer une bise sur ma joue (c'est un rituel féminin je crois...) et je serre la main de Stan : elle est brûlante, sûrement à cause du café. "Désolé, y'a eu un petit incendie à la..." Je m'interromps quand une serveuse vient prendre les commandes. Tiens tiens... "Mais rien de grave hein..." J'ajoute.

L'espace d'une fraction de seconde, Emy resta surprise de la coïncidence. Le libraire, ici ? Le hasard fait parfois des choses assez marrantes. Sans s'attarder sur le jeune homme, elle posa les yeux sur la fille qui passait commande. Elle nota la trois première et attendit que le libraire ne lui donne la sienne en posa sur lui un regard froid. "Et vous ?"

"Un Café crème je parie !" Lance Laura. "Rien que pour t'emmerder je prendrais un Cappuccino." Elle passe sa main dans ma chevelure, le genre de truc que je déteste. "S'il vous plait." J'ajoute avec un ton mielleux. Deux secondes plus tard, j'ai balancé le journal dans la figure de Stan qui se moque de nous.

Le cappuccino noté, elle tourna les talons et indiqua la commande au barman avant de repartir vers trois autres tables, dont l'une à laquelle un homme avec quelques vers dans le nez s'attira un regard provocant et insolent de par des sous entendus manquant cruellement de subtilité. Mike termina la commande de la table du libraire et quand elle posa la tasse devant ce dernier elle ne manqua pas de lui faire remarquer : "Attention, il est brûlant." Oui, Emy était certes une serveuse, mais les gens avaient beaux êtres les clients, elle ne se privait pas de dire à pu près ce qu'elle voulait.

"Vous en faites pas, je vois ça tous les jours." Je réponds à la serveuse en déposant mes mains dans la vapeur qui s'échappe de la longue tasse en porcelaine. Je la remercie d'un simple geste de la tête et me retourne vers les trois autres de la table. Ils me dévisagent comme si j'étais un fantôme. "Quoi ?" Je fais. "Nan, nan rien..." Se rattrape Stan. Si on a plus l'droit de parler à une serveuse...

Emy dissimula un sourire en coin puis tourna les talons. Cinq personnes quittèrent une table, mais comme personnes ne semblaient vouloir la prendre, elle estima qu'elle avait deux secondes pour la nettoyer. S'accoudant au comptoir, elle ne put s'empêcher de jeter un regard sur le libraire, et croisa ses prunelles. Immédiatement, les questions qu'elle se posait encore sur ce qui s'était passé revinrent lui brûler la langue mais une jeune femme à la table d'à côté l'appela pour se plaindre d'un café froid et la belle. Emy lui assura ses excuses et lui promit une boisson chaude. Elle attrapa sa tasse et lui adressa un sourire vaguement irrité. La tasse - et donc la boisson - était déjà brûlante. Les clients sont des gens exigeants...

Je m'affale dans mon siège, bois une gorgée de Cappuccino bien chaud et écoute la conversation distraitement, les yeux mi-clos. Ça parle de tout, de rien, enfin, pas grand chose de très intéressant pour moi. Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour faire plaisir à une vieille amie, hein ? Nous restons assis ici pendant un bon moment, quand Stan se lève pour partir. "Bon bah les filles... J'y vais moi." Pour la deuxième fois de la soirée il se prend de journal dans la tête. "Je t'accompagne ma poule..." Je fais. C'est alors que je croise le regard de la serveuse, plein de questions. Bah, elle verra bien...

Emy se redirigea vers le bar et demanda un nouveau café - très chaud - tout en avalant discrètement le contenu de la tasse refusée. De quoi tenir jusqu'aux trois heures du matin que je ne manquerais pas de faire... Tout en levant la tête, elle aperçut le libraire, entrain de se lever. "Mike, je peux te demander une faveur ? Tu prends ma place deux minutes s'il te plaît..." Bien entendu, le sympathique barman accepta et Emy, avec un sourire, se dirigea vers la sortie avant que le libraire ait terminé de dire au revoir à ses potes. Accoudée au mur, elle s'alluma une cigarette et attendit sa sortie.

"J'te racompagne ?" "Nan j'suis à 5 minutes à pied, merci mec !" Je lui fais un clin d'½il, il me donne une bourrade amicale dans le dos et nous nous séparons à la sortie. Lui va à gauche, et moi à droite, vers ma voiture. Je remonte mon écharpe, glisse mes mains dans mes poches et marche tranquillement en respirant l'air frais. C'est alors que je tombe nez à nez avec la serveuse. Décidément, le destin veut qu'on couche ensemble ou quoi ?

Emy regretta de ne pas avoir pris de veste quand elle sentit le froid s'infiltrer à travers son jean et son débardeur noirs. Elle n'en surveilla pas moins la porte du bar, à quelques mètres, en savourant le poison qu'elle portait à ses lèvres. Quand le libraire sortit, elle l'attendait de pied ferme et se planta une nouvelle fois devant lui, levant la tête - il était bien plus grand - avec un air décidé. "Bien, maintenant que vous n'êtes plus entrain de faire des heures supplémentaire, vous pourriez peut-être m'expliquer ce qui s'est passé tout à l'heure."

Rah, il faut qu'elle me suive en plus... La fille se plante devant moi sans même me laisser le temps de faire quoi que se soit pour me détourner. C'est bête, je ne peux même pas faire semblant de ne pas l'avoir vue, ni entendue... "Je pourrais..." Je commence. Un sourire sur les lèvres, je poursuis. "Mais voyez-vous, il se peut que je n'en n'aie aucune envie." Sur ce, je lui fais un signe de la tête et la contourne avant de me diriger vers ma voiture qui m'attend bien sagement à quelques mètres de là.

Emy lui lança, encore une fois, un regard presque brûlant tandis qu'il éludait sa question. D'humeur entêtée ce soir-là, elle le suivit jusqu'à sa voiture et s'appuya sur la portière de cette dernière. "Je m'enflamme d'un coup sans rien sentir, vous ne semblez même pas surpris et une gerbe d'eau venue d'on ne sait où me tombe dessus, je pense que..." Elle s'interrompit, mesurant l'absurdité de ce qu'elle était entrain de dire. Tout ça était littéralement impossible, rationnellement impossible. Et pourtant. "Je pense que ça mérite quelques éclaircissements !" termina-t-elle, moyennement convaincue mais toujours aussi fermement.

J'ai déjà ouvert la porte quand elle arrive encore vers moi. Et cette fois elle reste collée à la portière. J'ai bien envie de me barrer direct, mais c'est loin d'être distingué... Dommage, une prochaine fois peut-être ? Elle voulait des éclaircissements ? Peut-être que le contenu de la bouteille n'avait pas suffit à lui rafraîchir un peu les idées ? "Très bien" Je lui dis en essayant d'être sérieux (mais comme mon ton est hilare, c'est moyennement crédible). "Je suis Dieu, on m'a envoyé sur Terre pour trouver des victimes de mon merveilleux humour. Bon, maintenant que c'est bien clair, je vais peut-être pouvoir retourner dans les cieux." Je me glisse sur mon siège. "Vous êtes absurde mademoiselle, si vous croyez que tout ça a un rapport avec moi." Je ferme la porte puis démarre.

Emy le dévisageait presque avec mépris, au fur et à mesure que son agacement grandissait. Elle savait que ce qu'elle disait été absurde, mais, elle en était certaine, tout cela s'était bien passé. Irritée par le discours railleur du libraire, elle retint un mouvement d'impatience lorsqu'il rentra dans sa voiture. Très bien, il voulait jouer à ça ? C'était un jeu auquel elle excellait. Tandis qu'il démarrait, elle écrasa son mégot sur le sol et, vivement, ouvrit la portière passager et s'assit fermement sur le siège. "Bien, allons-y ensemble dans les cieux. Je suis loin d'être absurde, je sais ce que j'ai vu." déclara-t-elle en plongeant ses prunelles dans les siennes.

Je frêne violemment, agacé par sa réaction plus que puérile. Sauf que j'avais oublié un détail : la ceinture... Je me prends le volant en plein dans la tête, et pousse un gémissement plaintif. Bordel de merde ! Une forte odeur de clope envahit le véhicule. "Sortez d'ici tout de suite." Je fais d'un ton très froid. "C'est pas de ma faute si vous vous enflammez comme ça hein." Je coupe le moteur et baisse le pare-soleil qui abrite un petit miroir. J'observe mon visage dont le nez saigne abondamment. "Ça y est vous êtes contente ?" Je marmonne en m'essuyant avec le dos de ma main.

Emy, qui avait eu le temps de s'attacher, s'alluma une nouvelle cigarette alors que le jeune homme freinait brusquement. Elle tourna la tête vers lui avec un léger sourire en coin assez provocateur. Il saignait, bien fait. Ignorant sa demande, elle baissa la vitre pour que la fumée ne n'évacue. "Ça n'est certainement pas non plus de votre faute si je me fais arroser dans une librairie. Non, je ne suis toujours pas satisfaite." continua-t-elle sans trop savoir pourquoi elle s'entêtait comme ça. Avec calme, elle tapota doucement sur sa clope à l'extérieur puis le fixa de nouveau. "J'attends."

"Si vous sortez pas d'ici tout de suite c'est les flics que vous irez emmerder. J'vous préviens je le dirais pas deux fois." Menaçant, je ferme les portes à clé et remonte les vitres. De quoi la faire flipper. Et si j'étais un vilain violeur psychopathe ? Elle ne pourrait même pas s'enflammer cette fois. Tant pis pour la fumée de clope, ça me donne une bonne occasion d'emmener la voiture au nettoyage. Je croise les bras, têtus. De toute façon je sais même pas ce que c'est que ce phénomène à la con. Tout ce que je sais, c'est que je suis atteint. Ca peut être pratique, sauf quand on veut la paix.

"Et c'est en fermant à clef que vous voulez me faire sortir ? Je me contrefiche des flics, tout ce que je veux, c'est un minimum d'explications. Au moins sur le fait qu'une femme qui s'enflamme ne vous étonne pas plus que ça. Et le coup de l'eau aussi..." décréta-t-elle, en se radoucissant légèrement. Elle souffla un nouveau petit nuage de fumée qui alla s'égayer dans tout l'habitacle. "Après, je vous fous la paix, du moins, si vous consentez à ouvrir votre voiture." concéda-t-elle, toujours avec ce même sourire.

Mmmm, pas con... Il lui en faut beaucoup pour avoir peur. Je soupire, ouvre toutes les fenêtres. Bah quoi ? C'est insupportable ce truc à la con là... Je fais la moue en inspirant l'air frais (trop ?) venant de l'extérieur. "J'ai l'habitude." J'avoue sans ajouter de détails. "C'est commun ici, les gens bizarres." Et je cherche une sale excuse pour mon jet d'eau. "Et vous savez, l'arrosage automatique ça existe..."

L'habitude... de voir les gens prendre feu ? Tiens donc. Emy le dévisagea, ignorant son excuse bancale pour le jet d'eau. Elle était assez curieuse pour lui poser bien d'autres questions, mais, et bien que les réponses ne soient tout sauf complètes, elle savait qu'elle n'en saurait pas plus, du moins, ce soir... Et une promesse était une promesse. Elle lâcha une nouvelle gerbe de fumée puis eut un sourire rêveur. La changeante jeune femme n'était déjà plus irritée. "Bien, nous n'en avons pas terminé nous deux... A la prochaine !" lança-t-elle en sortant de la voiture.

"C'est ça, à jamais !" Je lance en toussant. Saloperie de clope à la... Oui bon d'accord, vous avez compris. Je verrouille les portes au cas où elle voudrait revenir en arrière, laisse néanmoins les fenêtres ouvertes pour aérer un peu, et je démarre. Cette fois, pas de bêtises, j'attache ma ceinture. Mon nez continue de saigner. Le sang va jusqu'à mes lèvres, et le goût terrible me fait grimacer. J'appuie sur l'accélérateur et m'engage sur le périphérique.

Emy lui adressa un clin d'½il puis s'achemina de nouveau vers L'Opinel. Mike allait commencer à devenir fou avec tout le monde qu'elle lui laissait. Elle écrasa sa clope à l'entrée et lui fit un sourire, signe qu'elle reprenait les choses. Les amis du libraire, restés au bar, la dévisagèrent mais, les ignorants, elle se replongea dans son travail.
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# Posté le lundi 28 septembre 2009 15:12

Chapitre troisième : Footing de bon -ou mauvais- matin

Chapitre troisième : Footing de bon -ou mauvais- matin
Lendemain matin, 8:00. Emy sortit doucement de chez elle pour ne pas réveiller Mathilde et Mathieu, ses deux colocataires. Direction le parc, pas loin de chez elle. Comme tous les matins (un peu plus tôt en semaine) elle sortait courir, histoire d'évacuer et de réfléchir. Et malgré elle, elle avait matière à penser, ce matin... En petite foulées, elle parvint au parc et accéléra sur les chemins de gravillons en saluant deux ou trois habitués.

Nan mais la crise de rire ! Qui avait pu leur mettre dans la tête que j'avais besoin d'entretenir mon corps ? Comme si travailler en librairie c'était pas assez physique... Je soupire en enfilant le jogging préféré de ma mère, qui vient d'arriver. C'est un rituel. Si j'vous assure, j'habite bien dans mon propre appartement, mais comme elle veut être sûre que je serais à l'heure, elle vient me réveiller tous les matins... Je maudis les parents... U_U Après avoir bu mon café, je me dirige vers la rue.

La chanson dans l'iPod d'Emy changea, ainsi que son rythme de course qu'elle cala sur la batterie. Plus rapide. En se concentrant sur les paroles de Sunday Bloody Sunday, une chanson qu'elle aimait beaucoup, elle posa son regard droit devant elle. Une silhouette vaguement familière frappa son regard. En se rapprochant de l'étang pour éviter un coureur, elle dévisagea l'inconnu pas si inconnu que ça et finit par mettre un nom, ou du moins, un métier sur le jeune homme : le libraire de la veille. Avec un léger sourire, elle s'arrêta au bord de l'eau - non sans avoir jeté sur cette dernière un regard qui en disait long - sur la route du mystérieux homme et fit mine de s'étirer en se demandant si son entêtement ne lui jouerais pas un jour de mauvais tours...

Et voilà que je suis trempé maintenant. Rah la barbe ! Ca m'apprendra à vouloir prendre les raccourcis. J'avais déjà froid, alors maintenant la flotte se retourne contre moi. Baah, ça m'agace. Je bougonne dans ma barbe, et quand j'écarte mes cheveux de mon regard, je manque de rentrer dans une adepte de jogging. Je m'écarte brusquement, au dernier moment, me retrouvant en plein milieu d'une allée cycliste. Quoi ? On à les réflexes ou on les pas hein... Un klaxon -ou plutôt une sonnette- me rappelle à l'ordre, je m'excuse d'un geste de la main pour regagne le bord de l'eau pour voir la cause de mon inattention. Encore une fois la surprise est de taille. "Tiens tiens..."

Emy put constater que si elle l'avait vu, le libraire en revanche lui, n'avait absolument pas fait attention à elle. En effet, il s'en fallu de peu pour qu'il la percute. Elle s'écarta légèrement, tandis que lui faisait un bond en arrière, se retrouvant sur la piste cycliste avant, enfin, de la remarquer. Un sourire railleur effleura les lèvres de la jeune femme. "Décidément, vous me suivez ! Ironisa-t-elle en enlevant un écouteur. Remarquez, je vous avez bien dit qu'on se reverrais..."

Ah-ah la bonne blague ! Nan mais elle y croit vraiment trop elle. N'empêche que le fait de la croiser pendant la corvée matinale ne me plait pas. Encore moins que notre discutions dans ma voiture -qui sent encore l'odeur de la clope-... "Vous êtes trop drôle vous. Moi ? Suivre un pot de colle comme vous ? Non merci." J'y vais un peu fort, mais si c'est la seule solution pour la faire déguerpir, j'achète !

Emy avait tendance à changer trop rapidement d'attitude pour prendre le temps de réfléchir à ce qu'elle disait. Et ce qui s'était passé la veille étant remonté dans ses souvenirs, elle sentit cette même curiosité de comprendre, mais aussi de l'agacement face au sarcastique jeune homme. "Pot de colle, et fière et en plus. De toute façon, vous me devez toujours une explication et même si cette fois était un hasard, je vous jure que je ne vous lâcherais pas tant que je ne l'aurais pas eu." répliqua-t-elle sur un ton acide. Non, vous ne rêvez pas, elle était bien sur le point de s'emporter pour si peu. Lunatique, elle ? ...

Je ne sais pas pourquoi mais elle est très drôle cette fille, finalement. Je croise les bras, oubliant que j'ai froid et que je suis trempé comme une soupe, et je la fixe avec mon sourire le plus narquois possible. "J'ai aucune explication à fournir, et encore moins s'il s'agit de vous. On est pas mariés j'vous signale. Et encore heureux." Rah, pauvre mari, ou copain, ou simplement papa, si elle est célibataire. Je me réjouis de ne pas être de son entourage en tout cas. Je fais craquer mon dos et étire les bras et mes jambes pour ne pas rester sans rien faire. Bah, c'est que si j'ai pas de courbatures demain ma mère va me regarder de travers et me demander ce que j'ai foutu aujourd'hui... Et comme j'ai plus l'âge de me faire engueuler par ma mère, je préfère être sage, hein ?

La jeune femme fixa sur lui un regard aussi noir que possible. Décidément, ce libraire avait le don de l'agacer au plus haut point. Elle en était certaine, il savait quelque chose sur cet étrange phénomène. Sans pouvoir dire pourquoi, elle en était convaincue. En essayant de se contenir, elle se planta fermement face à lui tout en laissant tomber son deuxième écouteur. "Vous savez quelque chose, j'en suis certaine. On ne sourit pas simplement comme vous le faite quand on voit quelqu'un s'enflammer." assena-t-elle d'une vois où perçait l'agacement. Elle ne savait pas pourquoi elle s'entêtait comme ça, mais cet entêtement la mettait encore plus en colère.

Mais elle est têtue en plus ! Eh ben, si elle continue comme ça je crois qu'un geyser d'eau glaciale va, malencontreusement, lui tomber sur la tête. Bah, oui, c'est si facile... Il me suffit de fermer les yeux (c'est même pas obligatoire), m'imaginer ce que je souhaite vraiment, en détails, et hop, comme par miracle, ça se produit. M'enfin, pas avec n'importe quoi. J'ai déjà essayé avec d'autres éléments, mais à chaque fois ça ne marche que si ce que je veux a un rapport avec l'eau. Mouais, étrange, mais bien pratique en cas d'incendie. Arf, je tressaille. Je ne peux même plus m'empêcher de mentionner ce terrible mot. J'essaie de me contrôler pour qu'elle ne voie pas le changement dans mon regard, et je suis ravi de constater qu'elle n'a pas changé d'expression. "Bah si on peut plus s'amuser hein..." Fit-il d'un air faussement boudeur.

Bon Dieu, qu'est-ce qu'il pouvait l'énerver. Elle l'observa, de plus en plus en colère tandis que lui semblait plongé dans ses réflexions. Et si un nuage passa sur son front ou si un voile recouvrit son regard l'espace d'un instant, elle ne le vit pas, trop occupée à bouillir de rage contre lui. Ce qui l'agaçait encore plus, c'était qu'elle ne savait même pas pourquoi est-ce qu'elle était comme ça. Après tout, ce qu'elle lui racontait depuis la veille semblait tellement absurde. S'être enflammée comme elle l'avait fait aurait du la blesser gravement, et encore, dans la meilleure des situations. Rien ne justifiait tout ceci et... Grr, et ces remarques narquoises... ! Définitivement en colère, Emy le fixa avec un ½il plus noir que jamais. Elle allait ouvrir la bouche quand elle sentit, de nouveau, la même douce chaleur que la veille l'envahir. Ah non, pas encore...

Bah ! Voilà qu'elle s'enflamme à nouveau... C'est pas vrai, elle s'énerve vite la bougre. Je la regarde, ni étonné, ni rassuré. Elle semble étonnée, elle. Me dites pas qu'elle a pas compris, après les deux accidents ? Si c'est le cas ça me donne une raison de plus de l'énerver. Finalement elle me plait bien avec son innocence et ses réactions puériles puissance maxi'. Comment ça j'suis pas mieux ? La ferme hein, on parle pas de moi là ! Si elle reste enflammée comme ça c'est moi qui vais avoir des ennuis... Imaginez que quelqu'un passe et me trouve devant une femme en feu ? Qui serait le coupable, hein ? Je cherche une solution... Comme je ne suis pas très concentré, il est inutile de tenter quoi que ce soit, ça me ferait perdre un temps fou. Je regarde derrière elle... Miracle ! Ma solution. Sans regarder derrière moi, je pose ma main au dessus de sa poitrine en flamme -là où c'est facile de faire perdre l'équilibre- puis je la pousse. Et buuuut ! Tout heureux, je commence à partir sans demander mon reste. Remarquez que je ne me suis même pas brûlé...

Cependant, cette fois-ci, la jeune femme n'eut pas le temps de paniquer ou de s'étonner de nouveau de s'enflammer. Après un temps de stupeur, avant qu'elle ne songe à réagir, le libraire s'avança et la poussa en arrière... en direction du lac. Pas besoin de regarder derrière elle pour savoir qu'elle irait tout droit atterrir dedans. Et ça ne manqua pas. Une fraction de seconde plus tard, Emy se retrouvais dans l'eau. En l'espace d'un instant, elle oublia tout. Le jeune homme, le feu, tout sauf le fait qu'elle était... dans l'eau. Sa phobie. Prise de panique, elle ne remarqua pas que les flammes avaient - évidement - disparues et commença à se débattre contre le liquide translucide. Le c½ur battant à la chamade, elle se rappela cet été de ses quinze ans où elle avait failli y rester, emportée par le courant. En voulant crier, elle avala une grande gorgée avant de commencer à s'enfoncer, bougeant des bras et des jambes inutilement. Tout, son cerveau, ses réactions, étaient paralysées par sa peur panique de l'eau. Pour elle, c'était inévitable, elle allait se noyer cette fois...

Je suis déjà à quelques mètres plus loin de l'endroit où elle a disparut. Mais heu... Bizarre, j'ai toujours pas de furie enflammée qui me court après pour essayer de me bousiller et de m'étrangler avec mes boyaux. Heu oui je sais, très poétique tout ça. Je soupire, et me retourne. Pas la moindre trace de la fille... Bizarre, vraiment bizarre. Cette fois, ma curiosité l'emporte. Après un second soupir, je me dirige vers l'endroit où je l'ai poussée. Toujours rien. Je m'avance jusqu'au bord de l'eau, et je découvre son corps qui se débat dans les eaux froides du lac. Rah, pas très futée la petite. Je crois qu'elle a du mal à piger qu'elle n'arrivera jamais à lutter contre le courant. L'eau est l'élément le plus fort qu'on puisse trouver. C'est le seul à pouvoir transpercer la roche... Bon, qu'est-ce qu'elle fout, je vais finir par m'inquiéter ?... Les gens pourraient croire que j'ai essayé de la tuer ! Bon, tant pis, j'y vais. Je me jette à l'eau, en bon chevalier servent, et me dirige à toute allure vers sa silhouette affolée.

Emy commença à sentir l'eau glacée de ce mois de décembre passer à travers les fibres de ses vêtement pour venir l'engourdir quand elle cessa un instant de remuer les jambes. Paniquée, elle voulut ouvrir la bouche mais, déjà sous l'eau, ne fit qu'avaler une nouvelle gorgée glaciale qui n'eut pour résultat que de la faire tousser bizarrement - comme on tousse dans l'eau, en fait. Figée par la peur et le froid, elle ferma les yeux en espérant qu'elle allait se réveiller dans son lit, bien au chaud quand des mouvements se firent sentir autour d'elle. Dans un dernier effort, elle souleva ses paupières et, bien que sa vue ne soit trouble et que le sang - manquant d'aire - ne lui batte aux tempes, elle devina une silhouette. Sans même réfléchir, elle s'agrippa de toutes ses forces à la première chose qui se tendit vers elle, à savoir un bras en cherchant désespérément l'air dont elle manquait là où il n'y en avait pas. De nouveau, elle ferma les yeux, sentant à peine qu'elle commençait à remonter.

Je me mets à nager plus vite que je peux. En haut, des gens se sont mis à crier. Bon ça va, ils n'ont pas assisté au moment où je l'ai poussée sinon ils me croiraient complètement malade. Je la cherche à tâtons, quand une main agrippe mon bras. Je serre son poignet et la remonte de toutes mes forces en battant ses pieds pour me tenir la tête hors de l'eau. Bon maintenant je fais comment, hein ? Il m'est impossible de faire une bulle d'air tant que les deux imbéciles ne sont pas partis... Rah, l'idée me vient. "MAIS FAITES QUELQUE CHOSE, APPELEZ DES SECOURS !" Je hurle en faisant comme si j'étais affolé. Les deux idiots s'en vont en courant, j'en profite pour rassembler mes forces et ma concentration, et une bulle d'air se forme et nous met au sec et à l'abri de l'eau. Ouuf, il s'en est fallut de peu. Je me mets devant la fille, et je dirige la bulle jusqu'au bord de l'eau avant de faire disparaître la bulle. Nous retombons sur la berge, dans la même position que si nous venions de nager jusque là.

Tout les mouvements de la personne venu la repêcher, les voix, les bruits, ne parvinrent que vaguement à Emy qui commençait sérieusement à étouffer et qui était de plus bien trop paniquée pour penser à autre chose que l'eau dont elle était entourée. Tout semblait se dérouler comme derrière un voile. Cette espèce d'état second cessa soudainement, après un temps qui lui parut infini. Soudain libérée du poids qu'exerçait l'eau sur sa poitrine, elle inspira machinalement, ce qui eut pour résultat de la faire s'étouffer avec le liquide qui lui restait dans la gorge. Elle toussa violemment, recrachant le ce dernier par réflexe, avant de se rendre compte qu'elle était sur la berge, allongée sur le dos. Elle ferma les yeux, le ciel et les arbres tournant trop vite au dessus d'elle et s'appliqua à retrouver un semblant de calme, haletante et cherchant l'air. Quand elle n'eut enfin plus l'impression d'étouffer, elle inspira profondément et rouvrit les yeux. C'était trop lumineux, ça tournait, mais ce n'était plus de l'eau. Elle toussa, chercha à calmer sa respiration et tenta de s'asseoir.

Je tousse un peu, me redresse et regarde l'eau, animée par des reflets de mouvements. Nos mouvements... Je lui jette un petit coup d'½il en biais, elle aussi elle tousse. Tant mieux, elle est encore vivante, je n'aurais aucun ennuis. Comme si j'avais dû nager avec elle jusqu'à la berge, je me sens épuisé. Au moins ma mère ne pourra rien dire ! Ces deux incapables ne reviennent pas, j'en déduis qu'ils n'ont rien fait pour avertir les secours... Mince, je vais encore devoir me la coltiner jusqu'aux urgences. Rah, rien que d'y penser tout ça me donne envie de vomir. Je m'étire longuement, et cette fois je reporte mon attention sur la silhouette frêle de la petite brune aux yeux clairs. Mouais... Une vraie boule de nerfs. Si elle ne m'avait pas cherché elle n'en serait pas arrivée là. Eh ! Une minute, c'est même pas moi qui l'ai mise en danger. Je lui ai sauvé la vie, elle aurait pu être carbonisée... Tss !

Tentative qui porta ses fruits au deuxième essai. Prise d'un vertige, elle ferma un instant les yeux avant de poser un regard égaré autour d'elle. L'eau était encore animée de ce petit bain forcé. Elle frissonna, dernier reste de panique et certainement aussi de froid, mais ça, ce n'était que secondaire. Puis, tournant la tête, elle tomba sur le libraire. Et ce qu'elle avait laissé de côté durant quelques minutes revint à elle aussi rapidement que possible. Il l'avait poussée dans l'eau. Presque aussitôt, oubliant qu'elle tremblait encore de peur et que la tête lui tournait, elle le fusilla du regard. "Ne recommencez jamais ça." assena-t-elle d'une voix encore vibrante d'émotions en plantant ses prunelles émeraudes dans les siennes. De colère, elle voulut de se lever brusquement mais, encore sous le choc, elle chancela et retomba illico à la place où elle se trouvait. Elle se prit la tête dans les mains, s'exhortant au calme. Elle n'aimait pas que les gens connaissent cette peur de l'eau. Et là, se le libraire n'avait pas deviné, il y avait de quoi s'inquiéter.

Je ne peux réprimer un sourire en coin qui finit par s'étaler sur toute ma bouche. "D'accord, la prochaine fois je vous laisse crever ici." Je me relève péniblement. Je me sens lourd avec ces fichus vêtements mouillés. "Bon et bien vous avez l'air en forme, je vais pouvoir rentrer cette fois." Je prends mes clic et mes clac, essore un peu mes vêtements et en enlève le plus possible pour ne pas attraper encore plus froid. Rah, satané mois de décembre humide... Et je vais dire quoi, moi, en rentrant ? Que j'ai tellement couru que j'suis complètement trempé ? Naan, impossible, pas venant de moi...

Emy se sentait encore bien trop mal pour relever la remarque du jeune homme et se contenta de lui jeter un regard noir. Il avait très bien compris, et ses sarcasmes étaient vraiment, mais alors vraiment de trop. Elle poussa un soupir en le regardant se lever. Il était trempé, et ce constat lui arracha un frisson de froid. Elle non plus n'était pas mal dans son genre. En s'aidant de l'arbre le plus proche, elle se mit debout et laissa passer un dernier vertige avant de se mettre correctement sur ses pieds. Maintenant, il fallait qu'elle rentre et ça, ce n'était pas gagné, vu l'état dans lequel elle était. Avant qu'il ne s'en aille, elle plongea ses prunelles dans les siennes. "Merci quand même." fit la changeante jeune femme, bien que fortement remontée contre lui.

"Mais de rien ma p'tite dame." Je déclare en me retournant pour retourner chez moi. Mais pas question de rentrer comme ça, je vais attraper la mort... Je décide de prendre un taxi. Ah non, zut, j'ai pas d'argent sur moi... Les transports en commun ? Baah, à cette-ci il doit pas y avoir de contrôleurs dans les métros, je serais tranquille. Enfin j'espère. Roh non, j'ai mieux. J'intercepte le premier passant, une jeune fille de 15-16 ans qui ne peut pas s'empêcher de sourire en me voyant lui parler. Elle m'aime bien ou alors elle se moque ? De toute façon je m'en balance. Je lui demande son téléphone, et compose le numéro d'une de mes voisines en lui expliquant ma situation. Elle promet d'arriver au plus vite, je la remercie.

La jeune femme eut un sourire amer avant de se concentrer sur autre chose à savoir comment rentrer. Hors de question de demander à l'un de ses colocataires de venir la chercher, ils étaient tous deux certainement entrain de dormir. Et de toute façon, ils poseraient des questions auxquelles elle ne voulait certainement pas répondre. Avec un soupir, elle tenta vaguement d'essorer son tee-shirt mais rien ne put y faire grand chose. Elle aurait du prendre un pull. Décidant qu'elle était en état de marcher, elle s'aventura à faire quelques pas, puis, avec un dernier regard assassin pour l'étang, commença à s'éloigner, bien trop lentement à son goût. Mais n'ayant ni argent sur elle, ni intérêt à se faire ramener, elle n'avait pas trop le choix.
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# Posté le mardi 29 septembre 2009 11:34

Chapitre Quatrième : Ici Dieu.

Chapitre Quatrième : Ici Dieu.
Emy soupira, tout en fixa l'extrémité de sa cigarette. Comme les précédents, sous l'instance de son regard émeraude, cette dernière s'alluma aussitôt. Toute seule. La jeune femme s'appuya contre le dossier de sa chaise et porta le tabac à sa bouche. Rien à faire, quoi qu'elle veuille voir s'enflammer, ça marchait à tous les coups. Comme ça, comme par magie et sans aucune explication rationnelle, du moment que ça concernait le feu. Perplexe, la jeune femme avait fait ces tests durant toute une semaine. Ça ne pouvait pas, techniquement... Et pourtant si. Nouveau soupir. Là, elle était perdue et la seule personne à pouvoir faire quelque chose pour la sortir de ses incertitudes ne semblait pas disposée à le faire. Une grimace effleura les lèvres de la jeune femme. Et pourtant, il le fallait. Avec un énième soupir, elle se leva, attrapa son sac et ses clef et sortit de l'appartement. Tant pis, elle voulait des éclaircissements.

La merde. Eh ouais, dans ces cas là on ne peut dire que ça, que ce soit grossier ou pas... Assis au volant de ma voiture, je suis coincé dans les bouchons du périphérique parisien. Rah, ça m'apprendra à prendre un boulot dans un quartier à l'opposé de chez moi... Je finis par me frayer un passage pour atteindre la porte la plus proche, puis m'engage dans une ruelle. Heureusement j'ai encore dix minutes avant que la librairie n'ouvre. Il faut dire que je viens toujours un peu plus tôt pour boire mon café, mais là je vais devoir attendre ma pause... Je me trouve une place juste en face de la boutique de livres puis rentre en express pour régler les premiers détails avant l'ouverture. 9h01, ça va on a vu bien pire comme retard. Les premiers clients entrent, je m'assoie au contoir, pensif. Le jogging m'a déjà bien épuisé, alors les bouchons du périph' n'étaient pas les bienvenu...

Au bas de son immeuble, la belle s'arrêta, hésitant entre le métro et sa voiture. Un coup d'½il jeté sur sa montre lui conseilla vivement la première option. Heure de pointe. Heureusement, elle n'avait cours que l'après midi. D'un pas rapide, elle gagna la station située à 20 mètres de sa porte et s'engagea dans le flot des parisiens plus ou moins pressés, stressés et de bonne humeur. Vingt minutes plus tard, elle regagna l'extérieur, non sans s'être accrochée avec une vieille acariâtre pour une histoire totalement stupide de strapontin utilisé alors que la rame était sur le point de craquer. Ah là là, ces vieux... En soupirant, la belle s'arrêta devant la librairie et jeta un regard à l'intérieur. Le jeune homme était là. Décidée, elle poussa la porte qui produisit un petit son de clochette et se dirigea vers le comptoir. Troisième essai...

Je commence à être en manque de caféine parce que les bruits de pas sur le parquet de la librairie me font fermer les paupières, doucement. Je lève la tête... Tiens, personne à l'horizon. J'en profite pour m'éclipser un instant dans l'arrière boutique, histoire de me préparer un petit café bien bien serré. Je fais chauffer l'eau, attendant patiemment. Je sors le sachet de café -ils ont oublié d'acheter une cafetière, pauvres salariés... Après avoir versé la poudre dans l'eau bouillante, je mélange et... La sonnette de la boutique m'alerte d'une nouvelle entrée. Je soupire, laissant là ma tasse fumante pour accueillir le nouveau client. En l'occurrence une femme. Une femme pas inconnue, pas du tout même... "Tiens, ça fait un bail." Je fais avec un sourire sarcastique, pendu au coin de mes lèvres. Je la dévisage un instant, puis, jugeant que c'est indiscret, je me détourne pour filer chercher ma tasse. Je la pose sur le comptoir après en avoir avalé une bonne gorgée.

Tiens, un sourire narquois. Étonnant de sa part. Emy lui répondit par un regard vaguement provocateur avant qu'il n'aille elle ne disparaisse dans l'arrière boutique. Elle en profita pour s'adosser au bureau et jeter un regard aux quelques clients présents. pas grand monde, mais quand même, pas mal pour une heure aussi matinale. Lorsqu'il revient, elle se tourna vers lui, toujours appuyée sur le comptoir. "Bon, maintenant que j'ai compris le truc, peut-être allez-vous daigner me l'expliquer un minimum..." lança-t-elle sans y aller par quatre chemins. De toute façon, il savait très bien pourquoi elle était là. "Parce que, mes clopes s'allument toutes seules quand j'en ai envie, soit, mais pourquoi ?"

Mais elle va me lâcher les baskets oui ? Elle commence vraiment à m'embêter... Si elle croit que je sais tout de son mystérieux don de manipulatrice des flammes elle se trompe. J'ai déjà du mal à me dire que moi je peux contrôler la flotte à ma guise... Bon j'avoue c'est pratique, mais pas très attendu tout de même. "Eh, mon nom c'est pas Merlin et j'ai pas une barbe blanche de 3 mètres de long !" Je fais, un peu révolté. Je bois une nouvelle gorgée du breuvage noir. Les effets de la caféine sont immédiats sur moi, et j'ai tout de suite envie de me remettre à l'embêter. Bah quoi ? Elle me dérange pendant que je travaille -no comment-, alors je peux bien l'envoyer balader, hein ? "Bah, peut-être que vos clopes veulent vous faire peur parce qu'elles aiment pas que vous les fumiez ? C'est pas bon vous savez !" Je continue en prenant un ton un peu gamin qui veut raisonner sa mère.

Emy soupira en dévisagea le jeune homme avec un air vaguement méprisant. Là, il était risible. Un, elle n'était pas d'humeur à rigoler donc il aurait très bien pu se passer de sa remarque profonde et intéressante sur Merlin. Et de deux, elle n'avait pas non plus besoin que quelqu'un d'autres lui fasse encore la morale sur le fait qu'elle fume. Tant pis pour elle. Avec un énième soupir, elle planta son regard dans le siens. "Dooonc, tout ça, ça ne vous fait absolument rien ? De l'eau et du feu qui font ce qu'on veut, non, ça vous est tout à fait normal ?" fit-elle sur un ton agacé, toujours aussi peu convaincue elle-même par ce qu'elle disait. C'était quand même étrange cette affaire...

Dommage que ce soit une fille, parce que je lui aurais bien collé mon poing dans la figure pour son manque de respect et de courtoisie. Pourtant moi je reste sage ! Je respire en essayant de garder mon implacable self-control. Les derniers clients de la boutique -sauf la fille, malheureusement- s'en vont. A chaque fois que la porte se referme, de l'air frais vient jusqu'à moi et me fait frissonner. Je hausse les épaules en guise de réponse à la jeune femme aux prunelles claires. "Aucune idée, z'avez qu'à demander aux bonhommes dans le ciel ils pourront peut-être faire quelque chose pour v..." Je n'ai pas le temps de prononcer les 3 dernières lettres du mot "vous" que tout se met à tourner autour de moi. Je lâche brusquement la tasse qui s'effondre à mes pieds dans un fracas pas possible. Et alors, j'ai l'impression d'être compressé et ballotté dans tous les sens, comme à la fête foraine, pour finalement atterrir lourdement, la tête la première, sur un sol clair, du marbre surement, étalé de ton mon long... "Waaa..." Je m'écrie en me frottant le haut du crâne qui a vraiment pris cher.

Emy sentit bien qu'elle commençait à lui taper sur les nerfs, mais tant pis pour lui. Elle leva les yeux au ciel tandis qu'il commençait une nouvelle réplique narquoise. Cependant, il n'eut pas le temps d'achever. Et elle n'eut pas non plus le temps de relever cette interruption car d'un coup, la libraire et tout ce qui se trouvait autour se mit à tourner. Surprise, Emy eut un violent sursaut, puis se retrouva baladée dans tous les sens, sans rien comprendre à ce qui lui arrivait. Et puis tout cessa. D'un seul coup, comme c'était venu et la jeune femme s'écrasa le dos sur un sol dur comme du marbre - ce qu'il était certainement d'ailleurs. Elle eut un léger hoquet de surprise assortit d'un gémissement étouffé. "Mais merde c'est quoi ça ?!" râla-t-elle en s'asseyant, une main sur le son dos endoloris. Elle jeta un regard circulaire et... découvrit qu'elle n'était absolument plus dans la libraire. Muette de stupeur, elle se releva d'un bond puis fixa par réflexe un regard noir sur le jeune homme. Alors là...

Je sens le sang qui bat dans mes tympans et mes tempes, et j'ai un terrible mal au crâne. Je garde ma main congelée et moite contre mon front et me retourne, toujours allongé sur le dos. Il me faut bien deux ou trois minutes pour reprendre mes esprits, tant le choc a été difficile. Comme dirait l'autre, mes derniers neurones ont disparu. Dommage, ça pouvait servir... Je me relève péniblement, gémit quand je me rends compte que mon nez s'est remis à couler d'un liquide vermeille peut rassurant, et ouvre enfin les yeux. Je mets du temps avant de revoir nettement, tant la lumière est aveuglante. C'est alors que je croise deux yeux très noirs. Tiens, elle aussi a eu cette drôle de sensation ? Je cligne des paupières à plusieurs reprises. Nan mais je rêve ! Elle croit que c'est moi ou quoi ? "Eh oh j'y suis pour rien, pas la peine de m'regarder comme ça !" Je me défends, les mains s'agitant devant moi. J'en profite pour jeter un rapide coup d'½il à la salle : un endroit circulaire complètement blanc, du plafond, en passant par les meubles, jusqu'au carrelage en marbre... Mouais. Mais la salle est vraiment vide. Pas un chat, seul l'écho de ma voix.

Bien sûr. Emy poussa un long soupir en grimaçant. Dur le choc, encore plus dur sur le dos. Elle constata, en réprimant un sourire moqueur, le liquide rubis qui s'échappait du nez du jeune homme avant de s'intéresser de nouveau à la pièce. Lumineuse - très lumineuse -, circulaire et totalement de marbre. Oulah, on se croirait chez Dieu ironisa-t-elle mentalement pour ne pas penser à la vague angoisse qui lui montait à la gorge. Là, elle ne comprenait plus rien... Elle s'enflammait non seulement elle, mais aussi ce qu'elle voulait, allumait des clopes sans briquet - remarquez, c'était pratique - et se retrouvait... téléportée dans uns pièce qui avait des allures de sanctuaire. Elle fit quelques pas, tressaillaient à l'écho du bruit de ses pas. Et en plus, ils étaient seuls. "C'est quoi cette affaire, bordel ?!" lança-t-elle, légèrement effrayée par les proportions que prenait tout cette histoire. Elle se retourna vers le libraire, l'air interrogateur mais en se doutant bien, cette fois, qu'il ne comprenait pas grand chose de plus qu'elle...

Je me lève péniblement, essayant le sang qui s'échappe de mon nez sur la peau nue de mon bras droit. Je renifle un petit coup, histoire de renvoyer le geyser à la source, puis je me décide à explorer un peu la pièce. Mmmm, c'est grand quand même... Je me mets à marcher, en restant quand même prudent parce que quand on ne connaît pas on évite de se mettre encore plus dans les embrouilles. Je laisse glisser mes doigts sur un mur, me rendant soudain compte qu'il est également fait de marbre. "Eh bah, ça roule sur l'or ici..." Je fais part de mes observations à voix haute, en guise de réponse à l'autre folle qui croit que je suis à l'origine de cette téléportation express -dans un endroit inconnu en plus. Je n'ai pas peur, mais quand même, la surprise est de taille... Mais qu'est-ce que je fiche ici, et avec elle en plus ? Et pendant le travail en plus de cela... Qu'est-ce qu'il va dire mon patron si la boutique est ouverte sans personne pour la gérer, hein ?

Emy souffla longuement. Ce qu'il pouvait l'agacer avec ses sempiternels sarcasmes ! Elle lui jeta un regard noir qu'il ne vit pas puis se remit à faire le tour de l'étrange pièce. En même temps... il n'avait pas tort. Du marbre, rien que du marbre. Partout. Elle fronça les sourcils en remarquant également que la pièce ne comportait aucune issue. Ni porte, ni fenêtre. Rien, ils étaient donc bloqués ici, tous les deux. Elle grimaça. Pourquoi était-ce cette perspective qui lui déplaisait le plus ? Tout en achevant son tour de la pièce, elle fouilla dans ses poches. Être enfermé ici ne lui plaisait pas. Ce qui s'était passé ne lui plaisait pas. Et ces histoires de feu ne lui plaisaient pas. Loin d'être facilement impressionnable, elle n'en était pas moins angoissée. Elle trouva son paquet de clopes, son briquet mais laissa ce dernier. Elle sortit une cigarette, mais au moment où elle songea à l'allumer, une vive lumière envahit toute la pièce. Un sursaut lui fit lâcher la tige de tabac et elle se retourna violemment vers le libraire d'abord, puis vers le centre de la pièce.

Je regarde tranquillement le centre de la pièce, m'attendant à une réponse cinglante de la fille -tiens au fait, il faudra que je pense à lui demander son nom, peut-être que ce sera plus facile pour l'embêter ! Mais rien ne se passe, si on oublie la soudaine apparition d'une lumière bien aveuglante. Aïe, mes pauvres n'½il... La fille sursaute-on dirait qu'elle va faire du saut en hauteur- et j'en profite pour écraser la cigarette qu'elle a lâché un peu plus tôt et qui a roulé jusqu'à mes pieds. Bien fait, c'est une belle vengeance pour la fois où elle a enfumé ma voiture. Nah mais oh ! C'est alors qu'une silhouette presque aussi grande que moi -j'en profite pour carrer les épaules, histoire de paraître plus imposant- apparaît au centre de la lumière blanche. Lui aussi est tout de blanc vêtu. Même sa barbe est blanche. Cette fois je me retiens de saluer Merlin l'Enchanteur qui vient d'apparaître. "Woah" Je répète, hilare. Le vieux sage en robe longue croise les bras et s'incline pour nous saluer. Toujours au bord du rire, je l'imite.

Les prunelles d'Emy firent le tour de la pièce pour tomber sur une silhouette imposante, presque aussi blanche que la lumière de par la façon dont elle était vêtue. Interdite, elle fixa le nouveau venu en ne pouvant s'empêcher de se demander dans quel délire elle était encore partie. En effet, avec ses habits blanc, son air de vieux sage et sa barbe aussi blanche que sa tunique, il avait de quoi se poser des questions sur cet homme. Quand il s'inclina, elle jeta un regard au libraire qui fit de même, l'air mort de rire. La belle resta de marbre, peu disposée à se laisser embarquer dans ce genre de folie. Et pourtant, elle était presque sûre de ne pas rêver. "Emy Hale ; Natanael Andrews. Bienvenus." fit soudain l'homme, d'une voix grave et sonore qui sembla résonner dans toute la pièce.

Nan mais c'est quoi ce délire ? O_O Il connait mon nom en plus de ça ? Nan mais j'ai jamais vu un truc aussi étrange de toute ma vie. Toujours au bord du rire, je me redresse, croisant le regard légèrement vitreux du vieil homme. "Merci, m'sieur... Euh... On s'connait ?" Je fais, un peu étonné tout de même. Les coins de la bouche de l'homme remontent vers le haut. Je jette un coup d'½il à la fille, Emy si j'ai bien compris, qui a l'air d'être un chouilla embarrassée tout de même. "Je suis Skölir, et j'ai quelque chose d'important à vous annoncer." "Ah ouais je vois, vous êtes Dieu et on est morts, c'est ça ?" Je fais sur le ton de la plaisanterie. Le vieillard me jette un regard incendiaire, je me renfrogne en reculant d'un pas. Oulà, pas commode le pépé... "Vous visez presque juste. Je suis Sage." "En effet, vous m'avez l'air d'être très... Posé ?" "SILENCE !" Une mini tornade s'abat sur la pièce, je frissonne. Heu... L'aurais-je sous estimé ? Oo

Emy ne put s'empêcher de fusiller Natanael - d'après ce qu'elle avait compris - des yeux en l'entendant faire l'imbécile. Commençant à se demander sérieusement ce qui lui arrivait, elle regarda la mini tornade s'effacer aussi rapidement qu'elle était venue d'un air interdit. Ahum, c'était à se poser des questions... "Bien, maintenant, écoutez..." reprit le sage - Skölir donc - non sans avoir jeté un regard noir au jeune homme dont Emy, dans une autre situation, aurait certainement sourit. "Vous avez certainement pu remarquer quelques phénomènes pour le moins étrange autour de vous" Emy eut une moue agacée. Encore cette histoire complètement abracadabrante ? Elle ne put s'empêcher de songer qu'il n'avait plus qu'à leur annoncer qu'elle et Natanael avaient reçu de super pouvoirs et pouvaient maintenant... "Je ne vous ferais pas languir plus longtemps. Ces éléments que semblent vous jouer des tours, vous les contrôlez." ... avoir une quelconque influence sur les éléments. Emy posa des prunelles émeraudes sur le sage, à la limite de lui rire au nez, elle aussi.

Emy était à la limite de lui rire au nez ? Eh bien moi je suis déjà hilare, plié en deux par les secousses de mes rires. Et puis quoi encore ? Je vais devenir l'ange de ce mec qui se prend pour Dieu, et la petite, sa déesse ? Je m'arrête quand le sage s'avance vers moi, prêt à régir. Il a l'air sérieux, le pauvre vieux... Je décide donc de l'écouter, mais ça après lui avoir posé une dernière question : "Ey, on a été choisis par Dieu pour défendre la planète, c'est ça ?". Je réponds avec un sourire plus sarcastique que jamais. "Oui, justement il y a de ça." Dieu le narcissique se tais alors que ma mâchoire se décroche. My God, voilà que je suis devenu voyant qui contrôle la flotte. Je commence à être un peu moins rassuré. "Waaa, donc je peux lire dans les pensées des gens en plus de ça ?" Le sage soupire, agacé par mes réflexions de génie. Bon d'accord, je me tais, de toute façon je ne servirais à rien. "Notre belle planète va très mal, c'est pourquoi vous avez été choisis pour lui venir en aide." Mais comme je ne peux pas m'en empêcher... "Ah parce que maintenant contrôler veut dire aider ? Oo"

Emy commençait vaguement à s'inquiéter sur ce qui était entrain de se passer. Elle était certainement en plein rêve, mais... admettons un instant que non, elle ne rêvait pas. Cette seule pensée suffit à chasser toute hilarité de son regard et la changeante jeune ne darda plus qu'un regard qu'elle voulait impassible sur les deux autres acteurs de cette étrange scène. Choisi pour venir en aide au monde en contrôlant un élément ? Non, décidément, ça ne voulait pas prendre de forme sérieuse dans sa tête. C'était risible, impossible même... "Non, c'est tout à fait possible, Emy." La belle sursauta. Jusqu'à nouvel ordre, elle avait gardé ses pensées pour elle. "Vous nous excuserez de douter légèrement de ce que vous nous racontez... J'veux bien déconner mais là, ça va un peu loin." fit-elle. Le Sage - trop dur à retenir son prénom - darda sur elle un regard pénétrant, lui arrachant un tressaillement. "Vous avez la tête dure, jeunes gens..."

Je me risque à répondre pour Emy... "Dure veut aussi dire remplie, si j'peux me permettre." "Vous vous permettez beaucoup de choses, mon cher Natanael." "C'est soit mon cher Nate, soit Natanael tout court." J'ai parlé un peu plus sèchement, je suis très pointilleux sur ce genre de détails. "Très bien, jeune homme. Mais cela ne m'avance pas beaucoup d'avoir notre nom, ou votre surnom. Ceci dit, connaître vos capacités m'intéresse énormément. Je peux surveiller vos pensés, quel que soit l'endroit où vous vous trouvez, mais vos pouvoirs... C'est un grand mystère." Après une nouvelle pause, Skölir -drôle de noms Oo- reprend la parole. Ouais, c'est étonnant que je n'aie rien dit. "Si vous voulez bien me suivre, jeunes gens." Je ne réfléchis pas et m'engage directement derrière le vieux dont la barbe est si longue qu'il pourrait marcher dessus.

L'hésitation d'Emy dura une ou deux secondes. Hésitation entre accepter le délire et suivre les deux hommes ou revenir à la raison et rester là à espérer que les choses rentrent dans l'ordre. La pièce ronde et sans issue lui arracha un soupir et, sortant de nouveau son paquet de cigarettes de sa poche, elle se mit en marche derrière eux. Elle avait à peine sortie sa clope qu'un coup de vent violent la lui arrachait avant de la faire totalement disparaître dans une minuscule tornade. "Je vous en pris, mademoiselle, pas de ça ici. Vous savez qu..." "Je sais, merci." coupa-t-elle sèchement en rangeant son paquet et en répondant par un coup d'½il assassin au regard de Natanael. Avec mauvaise volonté, elle se remit en marche avec des pensées peu aimables pour ce "vieux crouton". Heureusement, il n'eut pas le temps de lui répondre que déjà, ils pénétraient dans une nouvelle pièce, toute aussi étrange que la précédente...

Je ne sais pas où le vieillard maladroit nous emmène, mais en tout cas il nous y conduit. Je le suis presque aussi docilement qu'un enfant suis une sucette. Je vais peut-être droit dans un piège, mais je n'ai pas tellement envie de contredire Dieu et ses pouvoirs flippants. Nous arrivons dans une autre pièce, en forme de triangle. Cette fois je ne peux m'empêcher de grimacer. Mais est-ce que toutes les pièces de cette étrange baraque sont conçues pour n'accepter aucun meuble commun ? J'observe chaque recoin, remarquant que pas un endroit, même les meubles, n'a d'ombre. On ne distingue même pas la séparation entre le sol et le mur. Toujours obéissant -profitez bien, ça ne durera pas- je viens m'installer devant le vieux monsieur qui a pris un vieux grimoire en main. "Voici Le Livre, il..." Je sourcille. "Le livre de quoi ? Oo" "Laisse moi finir !" Il dit en tapant violemment du pied. Et voilà qu'il se met à me tutoyer comme si c'était mon grand père. Nan mais il se croit vraiment invincible ! A son regard noir je soupire et me décide enfin à l'écouter. "Le Livre contient les règles de base que nous, sages, nous sommes imposées pour faire régner l'ordre. A chaque fois qu'une règle sera enfreinte, je m'arrangerai pour vous le faire savoir, quel que soit le moyen utilisé." Wooh.... Flippant le vieux !

Si la pièce triangulaire, totalement blanche et garnie d'un mobilier étrange prêtait plutôt à sourciller, les paroles du vieux sage, en revanche, prenaient une note légèrement inquiétante. Un Livre de règle, très bien, mais des règles par rapport à quoi ? A leur soi-disant faculté de contrôler un élément. Emy avait beau essayer, cette idée ne parvenait pas à prendre forme de vérité dans sa tête, et elle ne pouvait s'empêcher de considérer tout ça comme un délire complètement abracadabrant et rocambolesque. Une moue lui échappa tandis que Skölir ouvrait le vieux et imposant grimoire et le posait sur la table massive qui le séparait des deux jeunes gens. "Je disais donc que toute règle enfreinte vous sera signalée. Évidement, utiliser votre don vous est interdit tant que vous n'avez pas pris connaissance de ces règles, ce qui est en partie le motif de votre venue ici." reprit le sage en se penchant sur le grimoire. La curiosité ayant vaincu l'inquiétude à la vue des étranges écrits, Emy s'approcha légèrement et tenta de lire à l'envers la première phrase qui lui tombait sous les yeux. Avant même qu'elle n'ait pu réaliser qu'elle ne comprenait pas la langue dans laquelle elle était écrite, Skölir lui lança : "Je me charge de vous mettre au courant de ce règlement, Emy, inutile de chercher à les lire par vous-même..."

Je me pose sur les deux chaises qui viennent d'apparaître derrière nous, sans même me poser aucune question. "...Tout d'abord, vous ne pourrez l'utiliser que dans un cas précis : une situation où vous n'aurez pas d'autre choix, un moment où vous serez menacé. Ensuite, il est évident qu'il vous est interdit d'utiliser votre don sur une personne innocente, sous prétexte que vous ne l'aimez pas. Il est évident que lorsque quelqu'un vous paraît suspect, vous pourrez utiliser votre pouvoir. Mais avant tout il vous faudra prononcer mon nom à voix basse, pour que personne d'autre que vous ou moi ne l'entende. Je pourrais ainsi décider du sort que méritera la personne suspecte..."

Emy, maintenant assise sur la chaise que n'occupait pas Natanael, ne put s'empêcher de se demander si les fautes commises avant aujourd'hui étaient prises en comptes, avant de se rappeler de penser que tout cela n'était que folie. Pendant ce temps, le sage continuait : "Bien entendu, les erreurs vous sont permises mais elles sont à limiter. Vous devez également minimiser les manifestations de vos dons en public et pour se faire, apprendre à contrôler vos émotions qui y sont en partie liées..." Emy grimaça légèrement. Demander à quelqu'un de changeant voir lunatique comme elle de contrôler ses émotions... --' Le sage continua à égrener ses règles jusqu'à arriver au bout de sa page. "Et enfin, vous vous devez, avant tout, de faire équipe. Vous n'arriverez à rien l'un sans l'autre, gravez ceci dans votre esprit."

La dernière règle de la page me fait sourire. Mais ce sourire se transforme rapidement en un rire cristallin et moquer à la fois –si si j'vous assure. Je prends la parole entre deux crises de fou rire. " Nan mais vous plaisantez ou quoi ? Moi et..." Je tourne la tête vers la fille. "... Elle ? Vous voulez me tuer ou quoi ? C'est hors de question, j'vous rend mes dons, nahméoh !" Je fais mine d'essuyer ma chemise et mon jean, comme si je me débarrassais de mes dons. Le sage me fusille du regard. "C'est impossible. Les divinités vous ont choisis, tous les deux. Vous êtes obligés, parce que sinon c'est la mort. Les esprits n'aiment pas être contredits." Je déglutis, agacé. Bon, bah c'est loupé pour cette fois. "Ça veut dire que si je refuse, la fille meurt ? Huuuum c'est limite tentant..." Le sage tape du pied, déclenchant un tremblement de terre au passage. Je m'accroche à mon siège. "Woh, calme... Je plaisantais."

La réaction d'Emy - à l'ironie près - aurait sans doute été à peu prés la même si le libraire lui avait laissé le temps de réagir. Elle se contenta donc de lever les yeux au ciel, avant de réaliser la teneur des paroles du vieux sage. Toute moquerie disparue de son attitude pour vriller un regard perçant sur Skölir, qui déclencha un tremblement de terre éphémère pour calmer un peu les ardeurs sarcastiques de Natanael. "Bon, et qu'est-ce qu'on est censé faire avec ça... en admettant qu'on fasse un effort pour y croire trois secondes" demanda-t-elle sur un ton qui signifiait très clairement que même avec un effort, elle n'y croirait pas même une seconde. Le Sage eut un sourire - vaguement inquiétant vu la situation - puis claqua des doigts, faisant disparaître grimoire, table... et chaises. Les deux jeunes gens se retrouvèrent par terre et, avant qu'ils n'aient eut le temps de râler, le décor se modifia autour d'eux. "Maintenant, j'ai besoin de vous tester." Et après c'était eux qui avaient la tête dure... --'

Je me casse la figure, me retrouvant faite sur mon arrière train. Je me relève aussi vite que je suis tombé, encore plus grognon que je l'étais avant. "D'accord mais la prochaine fois vous pouvez prévenir, c'est la moindre des..." Je m'interromps brusquement lorsqu'un geyser jaillit de sous mes pieds et m'élève à une hauteur vertigineuse. Aussi facilement que si j'avais dû tenir tête à la fille, je me concentre et fait en sorte que l'eau me repose doucement avant de disparaître en une unique flaque d'eau, juste aux pieds du sage. Mais à peine le temps de dire ouf que la salle se fait emplir d'eau en sa totalité. Sans paniquer, je créer une bulle d'air pour me protéger. Mais j'avais légèrement oublié un détail... La fille ne contrôle pas l'eau, elle... Eh merde, il me teste à son sujet. Roh la barbe !

Emy n'eut même pas le temps de faire de commentaire de déjà le "test" commence. A commencer par un premier geyser qui lui arracha un vague regard noir - comme tout ce qui pouvait avoir un rapport avec de l'eau. En revanche, la seconde partie du test lui arracha une toute autre réaction. Avant qu'elle n'ait pu dire 'ouf' la salle se remplit entièrement d'eau. Aussitôt, la jeune femme se retrouva coincée sous la surface du liquide, de l'eau plein les poumons. La remontée fulgurante de sa peur panique ne se fit pas attendre et elle commença aussitôt à se débattre à grand renfort de gestes inutiles, oubliant même de maudire cette foutue journée et ce foutu délire - pourtant bien réel, là, elle en était sûre. Une nouvelle gorgée d'eau lui arracha une toux désagréable - sous l'eau, en même temps... --' - tandis qu'elle cherchait n'importe quoi à quoi s'accrocher, histoire de ne pas finir noyée. Une lueur de panique ineffable passa dans l'émeraude de ses prunelles, trahissant l'ampleur de sa peur...

Bon, allez, on va essayer de jouer les gentlemen pour une fois. Je bouge pas un cil, et me concentre une seconde fois avant que la bulle se mette à bouger de quelques centimètres. Je suis déjà fatigué, le don se nourrit de mon énergie. Je ne lâche pas ma cible des yeux. La fille se débat, il me semble qu'elle a du mal à se maintenir à une profondeur constante. Serait-elle prise de panique ? Oui, bien sûr, comme toute personne qui s'apprête à se noyer. Je finis par me trouver à quelques centimètres. Je plante mes pieds sur le sol frémissant de la bulle, puis sort un bras. Du bout de doigts je parviens à me saisir d'un pan de son tee-shirt. Sans réfléchir, je l'agrippe puis la ramène jusqu'à moi. Quand elle est assez proche je la serre contre moi, recule et la lâche aussi vite que possible. Et voilà une bonne chose de faite. Pendant qu'elle reprend connaissance, je cherche un moyen de faire disparaître toute cette eau.

Emy sentit à peine Natanael l'agripper et la tirer vers lui. Cependant, elle sentit - à la brûlure dans ses poumons - passer son passage de l'eau à l'air et sans réfléchir, s'agrippa au jeune homme de toutes ses forces, jusqu'à ce qu'il ne la lâche. Elle se laissa glisser au fond de la bulle en toussant de toutes ses forces. Elle recracha douloureusement l'eau qui deux secondes auparavant noyait ses poumons et quand enfin l'air pu y parvenir, elle inspira à longues goulées, sans plus se soucier de ce que faisait Natanael. La seule chose qu'elle réalisa, c'est qu'elle se retrouva soudain sur un sol dur - et totalement sec - et non plus dans la bulle. A peu près capable de parler sans tousser, elle se releva violement - non sans un vacillement - et fusilla le Sage des yeux. D'une voix rendue rauque, elle explosa : "MAIS BORDEL DE MERDE MAIS VOUS ETES PAS BIEN OU QUOI ?!" hurla-t-elle.

Bon pour une fois je suis d'accord avec la fille. Il aurait pu nous tuer, heureusement que j'étais là. En pensant ça je bombe ma poitrine pour adopter un air supérieur au vieux sage. Celui-ci le remarque de suite et tente de m'envoyer une cascade de mon élément dans la figure, sans aucun résultat. Mes réflexes sont travaillés, à tel point que je parviens immédiatement à créer un bouclier pour repousser le précieux liquide jusqu'à ce qu'il disparaisse. Je me tourne vers le vieillard fou. "C'est bon, vous avez fini ou j'dois encore nous sauver la vie ?" Cette fois je suis sérieux, ma voix a retrouvé son calme mais je l'incendie du regard. Il ne répond pas, et à la place un sourire se forme sur ses lèvres ridées. Mince, c'est pas bon pour nous. Je m'apprête à bondir, mais un de feu apparaît et se propage plus rapidement que jamais autour de la fillette -heu, m'en voulez pas mais elle est si petite...- et moi-même. Je ne mets pas longtemps à comprendre que nous sommes pris au piège. L'angoisse me monte à la tête, et me fait presque perdre conscience. Je crispe mes mains pour ne pas tomber, en me répétant de tenir bon. Je revois le jour le plus tragique de mon existence.

Emy, trempée, aurait bien renchérit sur les paroles de Natanael, mais elle n'eut ni les moyens, ni le temps. Avant qu'elle n'ait pu réagir, une ligne de feu apparu à ses pieds et se répandit partout dans la pièce, comme si elle avait été recouverte de poudre. Encore légèrement sonnée, elle mit deux secondes à réagir. Juste le temps qu'il fallu aux flammes pour l'entourer et la séparer par une ligne flamboyante du jeune homme. Réfléchissant à toute vitesse, elle vrilla cette ligne des yeux, souhaitant la faire disparaître, ce qui, à sa grande surprise, remporta un franc succès. Elle put alors apercevoir Natanael. Un coup d'½il suffit à Emy pour deviner son état et, avant que les flammes ne reprennent du terrain, elle s'approcha de lui et, sans réfléchir, se mit à la soutenir. Un cercla imaginaire se traça autour d'eux dans sa tête, que le feu ne put dépasser, ni même la fumée, aveuglante et nocive à respirer. En se concentrant comme elle le pouvait, la jeune femme chercha à éteindre l'incendie et put constater, avec un certain plaisir, que les flammes, petit à petit, s'éteignaient pour ne laisser au sol que de petits tas de cendre qu'elle alla jusqu'à faire disparaître également.

Je ne perçois plus rien que les mains de la fille qui viennent de m'entourer pour me soutenir. D'ordinaire je l'aurais violemment repoussée pour m'enfuir, et j'aurais utilisé l'eau pour me mettre à l'abri, mais je suis épuisé, et la fumée me met hors de moi. Je revois encore nos silhouettes se débattre dans les flammes, et seulement deux sur trois ressortir. Mon angoisse se transforme en une sorte de comas. La fumée me prend les poumons, je ne respire plus que parce que mon diaphragme me l'oblige. Soudain, ne pouvant plus me soutenir, je m'écroule sur les genoux, mais parvient à poser une main au sol. Ce que je me sens faible. J'essaie d'ouvrir les yeux, un nouveau jet de flammes est apparut. La chaleur est insoutenable. La fille se trouve toujours à côté de moi J'ai alors un élan d'adrénaline. Cette fois nous nous sortirons de là sans aucun mort. Rassemblant mes dernières forces pour sauver ma fierté, je fais jaillir de l'eau de mon corps (ce qui m'épuise de plus belle) et crée une seconde bulle d'air, entourée d'une particule d'eau. Étant assez proche de la fille, je parviens à la faire entrer avec moi afin de la mettre à l'abri des flammes et de la chaleur étouffante.

Étrangement, Emy sentait la chaleur des flammes glisser sur elle, sans en souffrir aucunement. C'était comme si elle était protégée naturellement de la brûlure de l'incendie. Ce détail qui aurait put la réjouir fut bien vite emporté par une nouvelle gerbe de flamme qui s'alluma à deux pas de Natanael, qu'elle sentait s'effondrer petit à petit. Avec un juron, elle prit de nouveau l'initiative du cercle protecteur mais avant qu'elle n'y ait réussi, une gerbe d'eau - la faisant tressaillir - sortit de nulle part et la même bulle qu'un peu plus tôt se formait autour d'eux. En jetant un regard à son compagnon de galère, elle ne put que constater son épuisement et sa panique et, avec une grimace, elle porta de nouveau ses émeraudes sur les flammes dévastatrices. La bulle - bien qu'elle-même n'en ai pas besoin - n'allait pas tenir longtemps. Avec toute la concentration possible, elle ordonna aux flammes de disparaître. Une, deux, trois secondes... trois secondes qui suffirent à ce que la totalité de l'incendie ne s'éteigne brusquement, sans autres traces que de la cendre. Epuisée Emy respira enfin normalement et, au moment ou elle posa des prunelles inquiètes - une première ! - sur Natanael, la bulle disparut. Elle n'aurait jamais imaginé pourvoir faire ce genre de truc. Vidée, elle se laissa tomber aux côtés du jeune homme, mais au moment où elle allait s'inquiéter de son état, une nouvelle flamme fit son apparition... sur lui. Dans un bond, elle se releva et fixa toute son attention sur ce début de feu. Heureusement, ce dernier ne mit pas plus d'une fraction de seconde à s'éteindre, et toute trace de brûlure - sous ordre mental de la jeune femme - disparut. Définitivement à bout, elle vacilla et retrouva de nouveau le sol, à genoux. Elle tourna la tête vers le jeune homme, hésita à lui demander si ça allait... pour finalement laisser la colère l'emporter et incendier le sage, toujours souriant.

Je sens que je vais céder, je tiens encore et encore, trop occupé à me battre contre les flammes au lieu de céder à toute cette angoisse qui s'est installée en moi. L'eau de mon corps s'épuise, je devrais bientôt lâcher prise si je ne veux pas mourir comme lui. Mes craintes se confirment, et la bulle éclate, laissant la chaleur pénétrer sur mon corps et la fumée m'étouffer. Mes muscles tremblent, Je ne pourrais jamais me relever tellement je suis exténué. Je sens que quelqu'un s'active à mes côtés, et cette même personne s'écroule à mes côtés. Je devine rapidement que c'est la fille qui est arrivé au bout de ses forces. J'aimerai me relever et m'occuper de ce salopard de Dieu, mais je n'ai même plus la force suffisante pour soulever mes paupières. Je me concentre, et cherche à puiser de l'eau quelque part dans la pièce. Tout le liquide se trouvant dans l'air, l'humidité et les fontaines se rassemble -non sans épargner le vieux sage qui en perd son sourire- et s'approche de moi pour s'infiltrer dans mon corps. Les forces me reviennent, je relève la tête, sans oublier de m'économiser. "Vous voyez quand vous voulez, vous pouvez faire équipe." Annonce sèchement le sage. Mais il a du oublier un détail... Je suis fou de rage, là, maintenant. Je me relève, menaçant, les poings serrés et la mâchoire crispée. "ESPÈCE DE VIEUX DÉGÉNÉRÉ SANS CERVELLE ! MONSTRE, ASSASSIN !..." Je n'ai pas le temps de finir mon flot de jurons que... "Bon retour les enfants, attention à l'atterrissage." Quel lâche ! Et me revoilà aspiré pour retomber lourdement sur le sol de la librairie.

Quand le sage parla, Emy se demanda un instant si elle n'allait pas faire équipe avec Natanael, certes... mais pour lui faire comprendre ce que c'est que de se retrouver dans ce genre de situation. Cependant, elle n'en eut pas le temps, pas plus que le jeune ne put terminer de lui jurer dessus. Soudain, sur une réplique de Skölir, le sol se remit à tourner et la même sensation que ce qui semblait des heures plutôt saisit Emy et sembla l'aspirer. Au bout de quelques secondes, les deux jeunes gens retrouvèrent de nouveau la librairie, ou du moins, son sol particulièrement dur. Avec un juron, Emy se releva et passa une main sur le derrière de sa tête. Elle était épuisée, mais sèche et dépourvue de la cendre qu'elle avait accumulé dans l'incendie. Contenant sa rage - qui ne lui servait maintenant plus à rien - elle tendit une main au libraire pour l'aider à ses relever. Pour l'aider à se relever puis jeta un regard autour d'elle. Mis à part eux deux, l'endroit était désert, comme ils l'avaient laissé. Elle laissa un profond soupir s'échapper de sa poitrine, ferma les yeux... et commença à réaliser. "Meeerde..." souffla-t-elle, à court de mots. Exténuée comme elle l'était, elle ne pouvait même plus espérer avoir fait un rêve. Une seule possibilité restait : tout ça était bel et bien vrai...

Je jure en retombant une deuxième fois sur les fesses. Évidemment, la journée a à peine commencé et je suis déjà à bout de nerfs. Je refuse néanmoins de prendre la main de la fille, ayant récupéré assez d'eau pour me réhydrater complètement. Elle m'a sauvé la vie à deux ou trois reprises, mais c'est peu par rapport à ce que moi j'ai fait pour elle. Je me sens rassuré, soudain. "Garde tes forces pour toi, elles te seront plus utiles..." Oui, je l'ai tutoyée sans me poser de questions. Je m'aide d'une étagère pour me remettre sur mes pieds. Je mets un temps certain avant de retrouver l'usage de mes jambes, puis me précipite sur l'entrée de la boutique pour la fermer complètement à la vue du public. Les clients attendront que j'aie repris du poil de la bête. Quand à l'excuse... Je dirais à mon chef que je me suis fait agresser, ce qui n'est pas totalement faux, n'est-ce pas ? Je soupire, m'affalant sur un siège en saisissant mon café tiède que j'avale d'une traite. Je reporte mon regard sur la petite brune. Pour une fois je me pose pour la regarder d'un ½il impassible... Elle est plutôt jolie, quand j'y pense. Dommage qu'elle soit aussi chiante. Je soupire encore, et j'appuie sur un bouton pour fermer totalement les fenêtres et nous plonger dans l'obscurité. Je me doute que l'interrupteur se trouve à proximité, et je ne tarde pas à appuyer dessus. Et la lumière fut ! *.*

Emy ne releva pas le refus du libraire ; sourcilla simplement en réalisant qu'il l'avait tutoyée, mais sans en dire un mot. Après tout, après ce qui venait de se passer, ça n'était pas foncièrement choquant. Ses émeraudes posées dans le vide, elle se laissa aller aux suppositions les plus farfelues sur toute cette histoire - avec au premier rang l'idée que tout ça pouvait être réel. Difficile d'en douter maintenant, surtout quand une autre personne était là pour témoigner des mêmes choses que vous. Un soupir imperceptible lui échappa, tandis que le noir se faisait dans la pièce. Tout en songeant, elle s'était rapprochée, puis appuyée sur le bureau - la fatigue se faisait plus que sentir. Quand les néons s'allumèrent, elle observa à la dérobée Natanael. Avant de laisser ses esprit formuler la phrase "Il est plutôt beau en fait" elle se força à penser à l'homme qui était censé partager sa vie depuis maintenant un an - et à qui on pouvait remettre une médaille pour parvenir à supporter ses sautes d'humeur. Un éclat de rire discret et cristallin lui échappa soudain, sans qu'elle ne puisse le retenir. La nervosité, le stress, elle laissa tout ça s'évacuer dans cette douce hilarité, sans même trop savoir pourquoi elle riait. L'espace d'un instant, ses prunelles émeraude et rieuses croisèrent celles - profondément océanes - du jeune homme puis elle repartit de plus belle. Enfin, mieux valait en rire qu'en pleurer...
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# Posté le mardi 29 septembre 2009 12:05