Emy soupira, tout en fixa l'extrémité de sa cigarette. Comme les précédents, sous l'instance de son regard émeraude, cette dernière s'alluma aussitôt. Toute seule. La jeune femme s'appuya contre le dossier de sa chaise et porta le tabac à sa bouche. Rien à faire, quoi qu'elle veuille voir s'enflammer, ça marchait à tous les coups. Comme ça, comme par magie et sans aucune explication rationnelle, du moment que ça concernait le feu. Perplexe, la jeune femme avait fait ces tests durant toute une semaine. Ça ne pouvait pas, techniquement... Et pourtant si. Nouveau soupir. Là, elle était perdue et la seule personne à pouvoir faire quelque chose pour la sortir de ses incertitudes ne semblait pas disposée à le faire. Une grimace effleura les lèvres de la jeune femme. Et pourtant, il le fallait. Avec un énième soupir, elle se leva, attrapa son sac et ses clef et sortit de l'appartement. Tant pis, elle voulait des éclaircissements.
La merde. Eh ouais, dans ces cas là on ne peut dire que ça, que ce soit grossier ou pas... Assis au volant de ma voiture, je suis coincé dans les bouchons du périphérique parisien. Rah, ça m'apprendra à prendre un boulot dans un quartier à l'opposé de chez moi... Je finis par me frayer un passage pour atteindre la porte la plus proche, puis m'engage dans une ruelle. Heureusement j'ai encore dix minutes avant que la librairie n'ouvre. Il faut dire que je viens toujours un peu plus tôt pour boire mon café, mais là je vais devoir attendre ma pause... Je me trouve une place juste en face de la boutique de livres puis rentre en express pour régler les premiers détails avant l'ouverture. 9h01, ça va on a vu bien pire comme retard. Les premiers clients entrent, je m'assoie au contoir, pensif. Le jogging m'a déjà bien épuisé, alors les bouchons du périph' n'étaient pas les bienvenu...
Au bas de son immeuble, la belle s'arrêta, hésitant entre le métro et sa voiture. Un coup d'½il jeté sur sa montre lui conseilla vivement la première option. Heure de pointe. Heureusement, elle n'avait cours que l'après midi. D'un pas rapide, elle gagna la station située à 20 mètres de sa porte et s'engagea dans le flot des parisiens plus ou moins pressés, stressés et de bonne humeur. Vingt minutes plus tard, elle regagna l'extérieur, non sans s'être accrochée avec une vieille acariâtre pour une histoire totalement stupide de strapontin utilisé alors que la rame était sur le point de craquer. Ah là là, ces vieux... En soupirant, la belle s'arrêta devant la librairie et jeta un regard à l'intérieur. Le jeune homme était là. Décidée, elle poussa la porte qui produisit un petit son de clochette et se dirigea vers le comptoir. Troisième essai...
Je commence à être en manque de caféine parce que les bruits de pas sur le parquet de la librairie me font fermer les paupières, doucement. Je lève la tête... Tiens, personne à l'horizon. J'en profite pour m'éclipser un instant dans l'arrière boutique, histoire de me préparer un petit café bien bien serré. Je fais chauffer l'eau, attendant patiemment. Je sors le sachet de café -ils ont oublié d'acheter une cafetière, pauvres salariés... Après avoir versé la poudre dans l'eau bouillante, je mélange et... La sonnette de la boutique m'alerte d'une nouvelle entrée. Je soupire, laissant là ma tasse fumante pour accueillir le nouveau client. En l'occurrence une femme. Une femme pas inconnue, pas du tout même... "Tiens, ça fait un bail." Je fais avec un sourire sarcastique, pendu au coin de mes lèvres. Je la dévisage un instant, puis, jugeant que c'est indiscret, je me détourne pour filer chercher ma tasse. Je la pose sur le comptoir après en avoir avalé une bonne gorgée.
Tiens, un sourire narquois. Étonnant de sa part. Emy lui répondit par un regard vaguement provocateur avant qu'il n'aille elle ne disparaisse dans l'arrière boutique. Elle en profita pour s'adosser au bureau et jeter un regard aux quelques clients présents. pas grand monde, mais quand même, pas mal pour une heure aussi matinale. Lorsqu'il revient, elle se tourna vers lui, toujours appuyée sur le comptoir. "Bon, maintenant que j'ai compris le truc, peut-être allez-vous daigner me l'expliquer un minimum..." lança-t-elle sans y aller par quatre chemins. De toute façon, il savait très bien pourquoi elle était là. "Parce que, mes clopes s'allument toutes seules quand j'en ai envie, soit, mais pourquoi ?"
Mais elle va me lâcher les baskets oui ? Elle commence vraiment à m'embêter... Si elle croit que je sais tout de son mystérieux don de manipulatrice des flammes elle se trompe. J'ai déjà du mal à me dire que moi je peux contrôler la flotte à ma guise... Bon j'avoue c'est pratique, mais pas très attendu tout de même. "Eh, mon nom c'est pas Merlin et j'ai pas une barbe blanche de 3 mètres de long !" Je fais, un peu révolté. Je bois une nouvelle gorgée du breuvage noir. Les effets de la caféine sont immédiats sur moi, et j'ai tout de suite envie de me remettre à l'embêter. Bah quoi ? Elle me dérange pendant que je travaille -no comment-, alors je peux bien l'envoyer balader, hein ? "Bah, peut-être que vos clopes veulent vous faire peur parce qu'elles aiment pas que vous les fumiez ? C'est pas bon vous savez !" Je continue en prenant un ton un peu gamin qui veut raisonner sa mère.
Emy soupira en dévisagea le jeune homme avec un air vaguement méprisant. Là, il était risible. Un, elle n'était pas d'humeur à rigoler donc il aurait très bien pu se passer de sa remarque profonde et intéressante sur Merlin. Et de deux, elle n'avait pas non plus besoin que quelqu'un d'autres lui fasse encore la morale sur le fait qu'elle fume. Tant pis pour elle. Avec un énième soupir, elle planta son regard dans le siens. "Dooonc, tout ça, ça ne vous fait absolument rien ? De l'eau et du feu qui font ce qu'on veut, non, ça vous est tout à fait normal ?" fit-elle sur un ton agacé, toujours aussi peu convaincue elle-même par ce qu'elle disait. C'était quand même étrange cette affaire...
Dommage que ce soit une fille, parce que je lui aurais bien collé mon poing dans la figure pour son manque de respect et de courtoisie. Pourtant moi je reste sage ! Je respire en essayant de garder mon implacable self-control. Les derniers clients de la boutique -sauf la fille, malheureusement- s'en vont. A chaque fois que la porte se referme, de l'air frais vient jusqu'à moi et me fait frissonner. Je hausse les épaules en guise de réponse à la jeune femme aux prunelles claires. "Aucune idée, z'avez qu'à demander aux bonhommes dans le ciel ils pourront peut-être faire quelque chose pour v..." Je n'ai pas le temps de prononcer les 3 dernières lettres du mot "vous" que tout se met à tourner autour de moi. Je lâche brusquement la tasse qui s'effondre à mes pieds dans un fracas pas possible. Et alors, j'ai l'impression d'être compressé et ballotté dans tous les sens, comme à la fête foraine, pour finalement atterrir lourdement, la tête la première, sur un sol clair, du marbre surement, étalé de ton mon long... "Waaa..." Je m'écrie en me frottant le haut du crâne qui a vraiment pris cher.
Emy sentit bien qu'elle commençait à lui taper sur les nerfs, mais tant pis pour lui. Elle leva les yeux au ciel tandis qu'il commençait une nouvelle réplique narquoise. Cependant, il n'eut pas le temps d'achever. Et elle n'eut pas non plus le temps de relever cette interruption car d'un coup, la libraire et tout ce qui se trouvait autour se mit à tourner. Surprise, Emy eut un violent sursaut, puis se retrouva baladée dans tous les sens, sans rien comprendre à ce qui lui arrivait. Et puis tout cessa. D'un seul coup, comme c'était venu et la jeune femme s'écrasa le dos sur un sol dur comme du marbre - ce qu'il était certainement d'ailleurs. Elle eut un léger hoquet de surprise assortit d'un gémissement étouffé. "Mais merde c'est quoi ça ?!" râla-t-elle en s'asseyant, une main sur le son dos endoloris. Elle jeta un regard circulaire et... découvrit qu'elle n'était absolument plus dans la libraire. Muette de stupeur, elle se releva d'un bond puis fixa par réflexe un regard noir sur le jeune homme. Alors là...
Je sens le sang qui bat dans mes tympans et mes tempes, et j'ai un terrible mal au crâne. Je garde ma main congelée et moite contre mon front et me retourne, toujours allongé sur le dos. Il me faut bien deux ou trois minutes pour reprendre mes esprits, tant le choc a été difficile. Comme dirait l'autre, mes derniers neurones ont disparu. Dommage, ça pouvait servir... Je me relève péniblement, gémit quand je me rends compte que mon nez s'est remis à couler d'un liquide vermeille peut rassurant, et ouvre enfin les yeux. Je mets du temps avant de revoir nettement, tant la lumière est aveuglante. C'est alors que je croise deux yeux très noirs. Tiens, elle aussi a eu cette drôle de sensation ? Je cligne des paupières à plusieurs reprises. Nan mais je rêve ! Elle croit que c'est moi ou quoi ? "Eh oh j'y suis pour rien, pas la peine de m'regarder comme ça !" Je me défends, les mains s'agitant devant moi. J'en profite pour jeter un rapide coup d'½il à la salle : un endroit circulaire complètement blanc, du plafond, en passant par les meubles, jusqu'au carrelage en marbre... Mouais. Mais la salle est vraiment vide. Pas un chat, seul l'écho de ma voix.
Bien sûr. Emy poussa un long soupir en grimaçant. Dur le choc, encore plus dur sur le dos. Elle constata, en réprimant un sourire moqueur, le liquide rubis qui s'échappait du nez du jeune homme avant de s'intéresser de nouveau à la pièce. Lumineuse - très lumineuse -, circulaire et totalement de marbre. Oulah, on se croirait chez Dieu ironisa-t-elle mentalement pour ne pas penser à la vague angoisse qui lui montait à la gorge. Là, elle ne comprenait plus rien... Elle s'enflammait non seulement elle, mais aussi ce qu'elle voulait, allumait des clopes sans briquet - remarquez, c'était pratique - et se retrouvait... téléportée dans uns pièce qui avait des allures de sanctuaire. Elle fit quelques pas, tressaillaient à l'écho du bruit de ses pas. Et en plus, ils étaient seuls. "C'est quoi cette affaire, bordel ?!" lança-t-elle, légèrement effrayée par les proportions que prenait tout cette histoire. Elle se retourna vers le libraire, l'air interrogateur mais en se doutant bien, cette fois, qu'il ne comprenait pas grand chose de plus qu'elle...
Je me lève péniblement, essayant le sang qui s'échappe de mon nez sur la peau nue de mon bras droit. Je renifle un petit coup, histoire de renvoyer le geyser à la source, puis je me décide à explorer un peu la pièce. Mmmm, c'est grand quand même... Je me mets à marcher, en restant quand même prudent parce que quand on ne connaît pas on évite de se mettre encore plus dans les embrouilles. Je laisse glisser mes doigts sur un mur, me rendant soudain compte qu'il est également fait de marbre. "Eh bah, ça roule sur l'or ici..." Je fais part de mes observations à voix haute, en guise de réponse à l'autre folle qui croit que je suis à l'origine de cette téléportation express -dans un endroit inconnu en plus. Je n'ai pas peur, mais quand même, la surprise est de taille... Mais qu'est-ce que je fiche ici, et avec elle en plus ? Et pendant le travail en plus de cela... Qu'est-ce qu'il va dire mon patron si la boutique est ouverte sans personne pour la gérer, hein ?
Emy souffla longuement. Ce qu'il pouvait l'agacer avec ses sempiternels sarcasmes ! Elle lui jeta un regard noir qu'il ne vit pas puis se remit à faire le tour de l'étrange pièce. En même temps... il n'avait pas tort. Du marbre, rien que du marbre. Partout. Elle fronça les sourcils en remarquant également que la pièce ne comportait aucune issue. Ni porte, ni fenêtre. Rien, ils étaient donc bloqués ici, tous les deux. Elle grimaça. Pourquoi était-ce cette perspective qui lui déplaisait le plus ? Tout en achevant son tour de la pièce, elle fouilla dans ses poches. Être enfermé ici ne lui plaisait pas. Ce qui s'était passé ne lui plaisait pas. Et ces histoires de feu ne lui plaisaient pas. Loin d'être facilement impressionnable, elle n'en était pas moins angoissée. Elle trouva son paquet de clopes, son briquet mais laissa ce dernier. Elle sortit une cigarette, mais au moment où elle songea à l'allumer, une vive lumière envahit toute la pièce. Un sursaut lui fit lâcher la tige de tabac et elle se retourna violemment vers le libraire d'abord, puis vers le centre de la pièce.
Je regarde tranquillement le centre de la pièce, m'attendant à une réponse cinglante de la fille -tiens au fait, il faudra que je pense à lui demander son nom, peut-être que ce sera plus facile pour l'embêter ! Mais rien ne se passe, si on oublie la soudaine apparition d'une lumière bien aveuglante. Aïe, mes pauvres n'½il... La fille sursaute-on dirait qu'elle va faire du saut en hauteur- et j'en profite pour écraser la cigarette qu'elle a lâché un peu plus tôt et qui a roulé jusqu'à mes pieds. Bien fait, c'est une belle vengeance pour la fois où elle a enfumé ma voiture. Nah mais oh ! C'est alors qu'une silhouette presque aussi grande que moi -j'en profite pour carrer les épaules, histoire de paraître plus imposant- apparaît au centre de la lumière blanche. Lui aussi est tout de blanc vêtu. Même sa barbe est blanche. Cette fois je me retiens de saluer Merlin l'Enchanteur qui vient d'apparaître. "Woah" Je répète, hilare. Le vieux sage en robe longue croise les bras et s'incline pour nous saluer. Toujours au bord du rire, je l'imite.
Les prunelles d'Emy firent le tour de la pièce pour tomber sur une silhouette imposante, presque aussi blanche que la lumière de par la façon dont elle était vêtue. Interdite, elle fixa le nouveau venu en ne pouvant s'empêcher de se demander dans quel délire elle était encore partie. En effet, avec ses habits blanc, son air de vieux sage et sa barbe aussi blanche que sa tunique, il avait de quoi se poser des questions sur cet homme. Quand il s'inclina, elle jeta un regard au libraire qui fit de même, l'air mort de rire. La belle resta de marbre, peu disposée à se laisser embarquer dans ce genre de folie. Et pourtant, elle était presque sûre de ne pas rêver. "Emy Hale ; Natanael Andrews. Bienvenus." fit soudain l'homme, d'une voix grave et sonore qui sembla résonner dans toute la pièce.
Nan mais c'est quoi ce délire ? O_O Il connait mon nom en plus de ça ? Nan mais j'ai jamais vu un truc aussi étrange de toute ma vie. Toujours au bord du rire, je me redresse, croisant le regard légèrement vitreux du vieil homme. "Merci, m'sieur... Euh... On s'connait ?" Je fais, un peu étonné tout de même. Les coins de la bouche de l'homme remontent vers le haut. Je jette un coup d'½il à la fille, Emy si j'ai bien compris, qui a l'air d'être un chouilla embarrassée tout de même. "Je suis Skölir, et j'ai quelque chose d'important à vous annoncer." "Ah ouais je vois, vous êtes Dieu et on est morts, c'est ça ?" Je fais sur le ton de la plaisanterie. Le vieillard me jette un regard incendiaire, je me renfrogne en reculant d'un pas. Oulà, pas commode le pépé... "Vous visez presque juste. Je suis Sage." "En effet, vous m'avez l'air d'être très... Posé ?" "SILENCE !" Une mini tornade s'abat sur la pièce, je frissonne. Heu... L'aurais-je sous estimé ? Oo
Emy ne put s'empêcher de fusiller Natanael - d'après ce qu'elle avait compris - des yeux en l'entendant faire l'imbécile. Commençant à se demander sérieusement ce qui lui arrivait, elle regarda la mini tornade s'effacer aussi rapidement qu'elle était venue d'un air interdit. Ahum, c'était à se poser des questions... "Bien, maintenant, écoutez..." reprit le sage - Skölir donc - non sans avoir jeté un regard noir au jeune homme dont Emy, dans une autre situation, aurait certainement sourit. "Vous avez certainement pu remarquer quelques phénomènes pour le moins étrange autour de vous" Emy eut une moue agacée. Encore cette histoire complètement abracadabrante ? Elle ne put s'empêcher de songer qu'il n'avait plus qu'à leur annoncer qu'elle et Natanael avaient reçu de super pouvoirs et pouvaient maintenant... "Je ne vous ferais pas languir plus longtemps. Ces éléments que semblent vous jouer des tours, vous les contrôlez." ... avoir une quelconque influence sur les éléments. Emy posa des prunelles émeraudes sur le sage, à la limite de lui rire au nez, elle aussi.
Emy était à la limite de lui rire au nez ? Eh bien moi je suis déjà hilare, plié en deux par les secousses de mes rires. Et puis quoi encore ? Je vais devenir l'ange de ce mec qui se prend pour Dieu, et la petite, sa déesse ? Je m'arrête quand le sage s'avance vers moi, prêt à régir. Il a l'air sérieux, le pauvre vieux... Je décide donc de l'écouter, mais ça après lui avoir posé une dernière question : "Ey, on a été choisis par Dieu pour défendre la planète, c'est ça ?". Je réponds avec un sourire plus sarcastique que jamais. "Oui, justement il y a de ça." Dieu le narcissique se tais alors que ma mâchoire se décroche. My God, voilà que je suis devenu voyant qui contrôle la flotte. Je commence à être un peu moins rassuré. "Waaa, donc je peux lire dans les pensées des gens en plus de ça ?" Le sage soupire, agacé par mes réflexions de génie. Bon d'accord, je me tais, de toute façon je ne servirais à rien. "Notre belle planète va très mal, c'est pourquoi vous avez été choisis pour lui venir en aide." Mais comme je ne peux pas m'en empêcher... "Ah parce que maintenant contrôler veut dire aider ? Oo"
Emy commençait vaguement à s'inquiéter sur ce qui était entrain de se passer. Elle était certainement en plein rêve, mais... admettons un instant que non, elle ne rêvait pas. Cette seule pensée suffit à chasser toute hilarité de son regard et la changeante jeune ne darda plus qu'un regard qu'elle voulait impassible sur les deux autres acteurs de cette étrange scène. Choisi pour venir en aide au monde en contrôlant un élément ? Non, décidément, ça ne voulait pas prendre de forme sérieuse dans sa tête. C'était risible, impossible même... "Non, c'est tout à fait possible, Emy." La belle sursauta. Jusqu'à nouvel ordre, elle avait gardé ses pensées pour elle. "Vous nous excuserez de douter légèrement de ce que vous nous racontez... J'veux bien déconner mais là, ça va un peu loin." fit-elle. Le Sage - trop dur à retenir son prénom - darda sur elle un regard pénétrant, lui arrachant un tressaillement. "Vous avez la tête dure, jeunes gens..."
Je me risque à répondre pour Emy... "Dure veut aussi dire remplie, si j'peux me permettre." "Vous vous permettez beaucoup de choses, mon cher Natanael." "C'est soit mon cher Nate, soit Natanael tout court." J'ai parlé un peu plus sèchement, je suis très pointilleux sur ce genre de détails. "Très bien, jeune homme. Mais cela ne m'avance pas beaucoup d'avoir notre nom, ou votre surnom. Ceci dit, connaître vos capacités m'intéresse énormément. Je peux surveiller vos pensés, quel que soit l'endroit où vous vous trouvez, mais vos pouvoirs... C'est un grand mystère." Après une nouvelle pause, Skölir -drôle de noms Oo- reprend la parole. Ouais, c'est étonnant que je n'aie rien dit. "Si vous voulez bien me suivre, jeunes gens." Je ne réfléchis pas et m'engage directement derrière le vieux dont la barbe est si longue qu'il pourrait marcher dessus.
L'hésitation d'Emy dura une ou deux secondes. Hésitation entre accepter le délire et suivre les deux hommes ou revenir à la raison et rester là à espérer que les choses rentrent dans l'ordre. La pièce ronde et sans issue lui arracha un soupir et, sortant de nouveau son paquet de cigarettes de sa poche, elle se mit en marche derrière eux. Elle avait à peine sortie sa clope qu'un coup de vent violent la lui arrachait avant de la faire totalement disparaître dans une minuscule tornade. "Je vous en pris, mademoiselle, pas de ça ici. Vous savez qu..." "Je sais, merci." coupa-t-elle sèchement en rangeant son paquet et en répondant par un coup d'½il assassin au regard de Natanael. Avec mauvaise volonté, elle se remit en marche avec des pensées peu aimables pour ce "vieux crouton". Heureusement, il n'eut pas le temps de lui répondre que déjà, ils pénétraient dans une nouvelle pièce, toute aussi étrange que la précédente...
Je ne sais pas où le vieillard maladroit nous emmène, mais en tout cas il nous y conduit. Je le suis presque aussi docilement qu'un enfant suis une sucette. Je vais peut-être droit dans un piège, mais je n'ai pas tellement envie de contredire Dieu et ses pouvoirs flippants. Nous arrivons dans une autre pièce, en forme de triangle. Cette fois je ne peux m'empêcher de grimacer. Mais est-ce que toutes les pièces de cette étrange baraque sont conçues pour n'accepter aucun meuble commun ? J'observe chaque recoin, remarquant que pas un endroit, même les meubles, n'a d'ombre. On ne distingue même pas la séparation entre le sol et le mur. Toujours obéissant -profitez bien, ça ne durera pas- je viens m'installer devant le vieux monsieur qui a pris un vieux grimoire en main. "Voici Le Livre, il..." Je sourcille. "Le livre de quoi ? Oo" "Laisse moi finir !" Il dit en tapant violemment du pied. Et voilà qu'il se met à me tutoyer comme si c'était mon grand père. Nan mais il se croit vraiment invincible ! A son regard noir je soupire et me décide enfin à l'écouter. "Le Livre contient les règles de base que nous, sages, nous sommes imposées pour faire régner l'ordre. A chaque fois qu'une règle sera enfreinte, je m'arrangerai pour vous le faire savoir, quel que soit le moyen utilisé." Wooh.... Flippant le vieux !
Si la pièce triangulaire, totalement blanche et garnie d'un mobilier étrange prêtait plutôt à sourciller, les paroles du vieux sage, en revanche, prenaient une note légèrement inquiétante. Un Livre de règle, très bien, mais des règles par rapport à quoi ? A leur soi-disant faculté de contrôler un élément. Emy avait beau essayer, cette idée ne parvenait pas à prendre forme de vérité dans sa tête, et elle ne pouvait s'empêcher de considérer tout ça comme un délire complètement abracadabrant et rocambolesque. Une moue lui échappa tandis que Skölir ouvrait le vieux et imposant grimoire et le posait sur la table massive qui le séparait des deux jeunes gens. "Je disais donc que toute règle enfreinte vous sera signalée. Évidement, utiliser votre don vous est interdit tant que vous n'avez pas pris connaissance de ces règles, ce qui est en partie le motif de votre venue ici." reprit le sage en se penchant sur le grimoire. La curiosité ayant vaincu l'inquiétude à la vue des étranges écrits, Emy s'approcha légèrement et tenta de lire à l'envers la première phrase qui lui tombait sous les yeux. Avant même qu'elle n'ait pu réaliser qu'elle ne comprenait pas la langue dans laquelle elle était écrite, Skölir lui lança : "Je me charge de vous mettre au courant de ce règlement, Emy, inutile de chercher à les lire par vous-même..."
Je me pose sur les deux chaises qui viennent d'apparaître derrière nous, sans même me poser aucune question. "...Tout d'abord, vous ne pourrez l'utiliser que dans un cas précis : une situation où vous n'aurez pas d'autre choix, un moment où vous serez menacé. Ensuite, il est évident qu'il vous est interdit d'utiliser votre don sur une personne innocente, sous prétexte que vous ne l'aimez pas. Il est évident que lorsque quelqu'un vous paraît suspect, vous pourrez utiliser votre pouvoir. Mais avant tout il vous faudra prononcer mon nom à voix basse, pour que personne d'autre que vous ou moi ne l'entende. Je pourrais ainsi décider du sort que méritera la personne suspecte..."
Emy, maintenant assise sur la chaise que n'occupait pas Natanael, ne put s'empêcher de se demander si les fautes commises avant aujourd'hui étaient prises en comptes, avant de se rappeler de penser que tout cela n'était que folie. Pendant ce temps, le sage continuait : "Bien entendu, les erreurs vous sont permises mais elles sont à limiter. Vous devez également minimiser les manifestations de vos dons en public et pour se faire, apprendre à contrôler vos émotions qui y sont en partie liées..." Emy grimaça légèrement. Demander à quelqu'un de changeant voir lunatique comme elle de contrôler ses émotions... --' Le sage continua à égrener ses règles jusqu'à arriver au bout de sa page. "Et enfin, vous vous devez, avant tout, de faire équipe. Vous n'arriverez à rien l'un sans l'autre, gravez ceci dans votre esprit."
La dernière règle de la page me fait sourire. Mais ce sourire se transforme rapidement en un rire cristallin et moquer à la fois –si si j'vous assure. Je prends la parole entre deux crises de fou rire. " Nan mais vous plaisantez ou quoi ? Moi et..." Je tourne la tête vers la fille. "... Elle ? Vous voulez me tuer ou quoi ? C'est hors de question, j'vous rend mes dons, nahméoh !" Je fais mine d'essuyer ma chemise et mon jean, comme si je me débarrassais de mes dons. Le sage me fusille du regard. "C'est impossible. Les divinités vous ont choisis, tous les deux. Vous êtes obligés, parce que sinon c'est la mort. Les esprits n'aiment pas être contredits." Je déglutis, agacé. Bon, bah c'est loupé pour cette fois. "Ça veut dire que si je refuse, la fille meurt ? Huuuum c'est limite tentant..." Le sage tape du pied, déclenchant un tremblement de terre au passage. Je m'accroche à mon siège. "Woh, calme... Je plaisantais."
La réaction d'Emy - à l'ironie près - aurait sans doute été à peu prés la même si le libraire lui avait laissé le temps de réagir. Elle se contenta donc de lever les yeux au ciel, avant de réaliser la teneur des paroles du vieux sage. Toute moquerie disparue de son attitude pour vriller un regard perçant sur Skölir, qui déclencha un tremblement de terre éphémère pour calmer un peu les ardeurs sarcastiques de Natanael. "Bon, et qu'est-ce qu'on est censé faire avec ça... en admettant qu'on fasse un effort pour y croire trois secondes" demanda-t-elle sur un ton qui signifiait très clairement que même avec un effort, elle n'y croirait pas même une seconde. Le Sage eut un sourire - vaguement inquiétant vu la situation - puis claqua des doigts, faisant disparaître grimoire, table... et chaises. Les deux jeunes gens se retrouvèrent par terre et, avant qu'ils n'aient eut le temps de râler, le décor se modifia autour d'eux. "Maintenant, j'ai besoin de vous tester." Et après c'était eux qui avaient la tête dure... --'
Je me casse la figure, me retrouvant faite sur mon arrière train. Je me relève aussi vite que je suis tombé, encore plus grognon que je l'étais avant. "D'accord mais la prochaine fois vous pouvez prévenir, c'est la moindre des..." Je m'interromps brusquement lorsqu'un geyser jaillit de sous mes pieds et m'élève à une hauteur vertigineuse. Aussi facilement que si j'avais dû tenir tête à la fille, je me concentre et fait en sorte que l'eau me repose doucement avant de disparaître en une unique flaque d'eau, juste aux pieds du sage. Mais à peine le temps de dire ouf que la salle se fait emplir d'eau en sa totalité. Sans paniquer, je créer une bulle d'air pour me protéger. Mais j'avais légèrement oublié un détail... La fille ne contrôle pas l'eau, elle... Eh merde, il me teste à son sujet. Roh la barbe !
Emy n'eut même pas le temps de faire de commentaire de déjà le "test" commence. A commencer par un premier geyser qui lui arracha un vague regard noir - comme tout ce qui pouvait avoir un rapport avec de l'eau. En revanche, la seconde partie du test lui arracha une toute autre réaction. Avant qu'elle n'ait pu dire 'ouf' la salle se remplit entièrement d'eau. Aussitôt, la jeune femme se retrouva coincée sous la surface du liquide, de l'eau plein les poumons. La remontée fulgurante de sa peur panique ne se fit pas attendre et elle commença aussitôt à se débattre à grand renfort de gestes inutiles, oubliant même de maudire cette foutue journée et ce foutu délire - pourtant bien réel, là, elle en était sûre. Une nouvelle gorgée d'eau lui arracha une toux désagréable - sous l'eau, en même temps... --' - tandis qu'elle cherchait n'importe quoi à quoi s'accrocher, histoire de ne pas finir noyée. Une lueur de panique ineffable passa dans l'émeraude de ses prunelles, trahissant l'ampleur de sa peur...
Bon, allez, on va essayer de jouer les gentlemen pour une fois. Je bouge pas un cil, et me concentre une seconde fois avant que la bulle se mette à bouger de quelques centimètres. Je suis déjà fatigué, le don se nourrit de mon énergie. Je ne lâche pas ma cible des yeux. La fille se débat, il me semble qu'elle a du mal à se maintenir à une profondeur constante. Serait-elle prise de panique ? Oui, bien sûr, comme toute personne qui s'apprête à se noyer. Je finis par me trouver à quelques centimètres. Je plante mes pieds sur le sol frémissant de la bulle, puis sort un bras. Du bout de doigts je parviens à me saisir d'un pan de son tee-shirt. Sans réfléchir, je l'agrippe puis la ramène jusqu'à moi. Quand elle est assez proche je la serre contre moi, recule et la lâche aussi vite que possible. Et voilà une bonne chose de faite. Pendant qu'elle reprend connaissance, je cherche un moyen de faire disparaître toute cette eau.
Emy sentit à peine Natanael l'agripper et la tirer vers lui. Cependant, elle sentit - à la brûlure dans ses poumons - passer son passage de l'eau à l'air et sans réfléchir, s'agrippa au jeune homme de toutes ses forces, jusqu'à ce qu'il ne la lâche. Elle se laissa glisser au fond de la bulle en toussant de toutes ses forces. Elle recracha douloureusement l'eau qui deux secondes auparavant noyait ses poumons et quand enfin l'air pu y parvenir, elle inspira à longues goulées, sans plus se soucier de ce que faisait Natanael. La seule chose qu'elle réalisa, c'est qu'elle se retrouva soudain sur un sol dur - et totalement sec - et non plus dans la bulle. A peu près capable de parler sans tousser, elle se releva violement - non sans un vacillement - et fusilla le Sage des yeux. D'une voix rendue rauque, elle explosa : "MAIS BORDEL DE MERDE MAIS VOUS ETES PAS BIEN OU QUOI ?!" hurla-t-elle.
Bon pour une fois je suis d'accord avec la fille. Il aurait pu nous tuer, heureusement que j'étais là. En pensant ça je bombe ma poitrine pour adopter un air supérieur au vieux sage. Celui-ci le remarque de suite et tente de m'envoyer une cascade de mon élément dans la figure, sans aucun résultat. Mes réflexes sont travaillés, à tel point que je parviens immédiatement à créer un bouclier pour repousser le précieux liquide jusqu'à ce qu'il disparaisse. Je me tourne vers le vieillard fou. "C'est bon, vous avez fini ou j'dois encore nous sauver la vie ?" Cette fois je suis sérieux, ma voix a retrouvé son calme mais je l'incendie du regard. Il ne répond pas, et à la place un sourire se forme sur ses lèvres ridées. Mince, c'est pas bon pour nous. Je m'apprête à bondir, mais un de feu apparaît et se propage plus rapidement que jamais autour de la fillette -heu, m'en voulez pas mais elle est si petite...- et moi-même. Je ne mets pas longtemps à comprendre que nous sommes pris au piège. L'angoisse me monte à la tête, et me fait presque perdre conscience. Je crispe mes mains pour ne pas tomber, en me répétant de tenir bon. Je revois le jour le plus tragique de mon existence.
Emy, trempée, aurait bien renchérit sur les paroles de Natanael, mais elle n'eut ni les moyens, ni le temps. Avant qu'elle n'ait pu réagir, une ligne de feu apparu à ses pieds et se répandit partout dans la pièce, comme si elle avait été recouverte de poudre. Encore légèrement sonnée, elle mit deux secondes à réagir. Juste le temps qu'il fallu aux flammes pour l'entourer et la séparer par une ligne flamboyante du jeune homme. Réfléchissant à toute vitesse, elle vrilla cette ligne des yeux, souhaitant la faire disparaître, ce qui, à sa grande surprise, remporta un franc succès. Elle put alors apercevoir Natanael. Un coup d'½il suffit à Emy pour deviner son état et, avant que les flammes ne reprennent du terrain, elle s'approcha de lui et, sans réfléchir, se mit à la soutenir. Un cercla imaginaire se traça autour d'eux dans sa tête, que le feu ne put dépasser, ni même la fumée, aveuglante et nocive à respirer. En se concentrant comme elle le pouvait, la jeune femme chercha à éteindre l'incendie et put constater, avec un certain plaisir, que les flammes, petit à petit, s'éteignaient pour ne laisser au sol que de petits tas de cendre qu'elle alla jusqu'à faire disparaître également.
Je ne perçois plus rien que les mains de la fille qui viennent de m'entourer pour me soutenir. D'ordinaire je l'aurais violemment repoussée pour m'enfuir, et j'aurais utilisé l'eau pour me mettre à l'abri, mais je suis épuisé, et la fumée me met hors de moi. Je revois encore nos silhouettes se débattre dans les flammes, et seulement deux sur trois ressortir. Mon angoisse se transforme en une sorte de comas. La fumée me prend les poumons, je ne respire plus que parce que mon diaphragme me l'oblige. Soudain, ne pouvant plus me soutenir, je m'écroule sur les genoux, mais parvient à poser une main au sol. Ce que je me sens faible. J'essaie d'ouvrir les yeux, un nouveau jet de flammes est apparut. La chaleur est insoutenable. La fille se trouve toujours à côté de moi J'ai alors un élan d'adrénaline. Cette fois nous nous sortirons de là sans aucun mort. Rassemblant mes dernières forces pour sauver ma fierté, je fais jaillir de l'eau de mon corps (ce qui m'épuise de plus belle) et crée une seconde bulle d'air, entourée d'une particule d'eau. Étant assez proche de la fille, je parviens à la faire entrer avec moi afin de la mettre à l'abri des flammes et de la chaleur étouffante.
Étrangement, Emy sentait la chaleur des flammes glisser sur elle, sans en souffrir aucunement. C'était comme si elle était protégée naturellement de la brûlure de l'incendie. Ce détail qui aurait put la réjouir fut bien vite emporté par une nouvelle gerbe de flamme qui s'alluma à deux pas de Natanael, qu'elle sentait s'effondrer petit à petit. Avec un juron, elle prit de nouveau l'initiative du cercle protecteur mais avant qu'elle n'y ait réussi, une gerbe d'eau - la faisant tressaillir - sortit de nulle part et la même bulle qu'un peu plus tôt se formait autour d'eux. En jetant un regard à son compagnon de galère, elle ne put que constater son épuisement et sa panique et, avec une grimace, elle porta de nouveau ses émeraudes sur les flammes dévastatrices. La bulle - bien qu'elle-même n'en ai pas besoin - n'allait pas tenir longtemps. Avec toute la concentration possible, elle ordonna aux flammes de disparaître. Une, deux, trois secondes... trois secondes qui suffirent à ce que la totalité de l'incendie ne s'éteigne brusquement, sans autres traces que de la cendre. Epuisée Emy respira enfin normalement et, au moment ou elle posa des prunelles inquiètes - une première ! - sur Natanael, la bulle disparut. Elle n'aurait jamais imaginé pourvoir faire ce genre de truc. Vidée, elle se laissa tomber aux côtés du jeune homme, mais au moment où elle allait s'inquiéter de son état, une nouvelle flamme fit son apparition... sur lui. Dans un bond, elle se releva et fixa toute son attention sur ce début de feu. Heureusement, ce dernier ne mit pas plus d'une fraction de seconde à s'éteindre, et toute trace de brûlure - sous ordre mental de la jeune femme - disparut. Définitivement à bout, elle vacilla et retrouva de nouveau le sol, à genoux. Elle tourna la tête vers le jeune homme, hésita à lui demander si ça allait... pour finalement laisser la colère l'emporter et incendier le sage, toujours souriant.
Je sens que je vais céder, je tiens encore et encore, trop occupé à me battre contre les flammes au lieu de céder à toute cette angoisse qui s'est installée en moi. L'eau de mon corps s'épuise, je devrais bientôt lâcher prise si je ne veux pas mourir comme lui. Mes craintes se confirment, et la bulle éclate, laissant la chaleur pénétrer sur mon corps et la fumée m'étouffer. Mes muscles tremblent, Je ne pourrais jamais me relever tellement je suis exténué. Je sens que quelqu'un s'active à mes côtés, et cette même personne s'écroule à mes côtés. Je devine rapidement que c'est la fille qui est arrivé au bout de ses forces. J'aimerai me relever et m'occuper de ce salopard de Dieu, mais je n'ai même plus la force suffisante pour soulever mes paupières. Je me concentre, et cherche à puiser de l'eau quelque part dans la pièce. Tout le liquide se trouvant dans l'air, l'humidité et les fontaines se rassemble -non sans épargner le vieux sage qui en perd son sourire- et s'approche de moi pour s'infiltrer dans mon corps. Les forces me reviennent, je relève la tête, sans oublier de m'économiser. "Vous voyez quand vous voulez, vous pouvez faire équipe." Annonce sèchement le sage. Mais il a du oublier un détail... Je suis fou de rage, là, maintenant. Je me relève, menaçant, les poings serrés et la mâchoire crispée. "ESPÈCE DE VIEUX DÉGÉNÉRÉ SANS CERVELLE ! MONSTRE, ASSASSIN !..." Je n'ai pas le temps de finir mon flot de jurons que... "Bon retour les enfants, attention à l'atterrissage." Quel lâche ! Et me revoilà aspiré pour retomber lourdement sur le sol de la librairie.
Quand le sage parla, Emy se demanda un instant si elle n'allait pas faire équipe avec Natanael, certes... mais pour lui faire comprendre ce que c'est que de se retrouver dans ce genre de situation. Cependant, elle n'en eut pas le temps, pas plus que le jeune ne put terminer de lui jurer dessus. Soudain, sur une réplique de Skölir, le sol se remit à tourner et la même sensation que ce qui semblait des heures plutôt saisit Emy et sembla l'aspirer. Au bout de quelques secondes, les deux jeunes gens retrouvèrent de nouveau la librairie, ou du moins, son sol particulièrement dur. Avec un juron, Emy se releva et passa une main sur le derrière de sa tête. Elle était épuisée, mais sèche et dépourvue de la cendre qu'elle avait accumulé dans l'incendie. Contenant sa rage - qui ne lui servait maintenant plus à rien - elle tendit une main au libraire pour l'aider à ses relever. Pour l'aider à se relever puis jeta un regard autour d'elle. Mis à part eux deux, l'endroit était désert, comme ils l'avaient laissé. Elle laissa un profond soupir s'échapper de sa poitrine, ferma les yeux... et commença à réaliser. "Meeerde..." souffla-t-elle, à court de mots. Exténuée comme elle l'était, elle ne pouvait même plus espérer avoir fait un rêve. Une seule possibilité restait : tout ça était bel et bien vrai...
Je jure en retombant une deuxième fois sur les fesses. Évidemment, la journée a à peine commencé et je suis déjà à bout de nerfs. Je refuse néanmoins de prendre la main de la fille, ayant récupéré assez d'eau pour me réhydrater complètement. Elle m'a sauvé la vie à deux ou trois reprises, mais c'est peu par rapport à ce que moi j'ai fait pour elle. Je me sens rassuré, soudain. "Garde tes forces pour toi, elles te seront plus utiles..." Oui, je l'ai tutoyée sans me poser de questions. Je m'aide d'une étagère pour me remettre sur mes pieds. Je mets un temps certain avant de retrouver l'usage de mes jambes, puis me précipite sur l'entrée de la boutique pour la fermer complètement à la vue du public. Les clients attendront que j'aie repris du poil de la bête. Quand à l'excuse... Je dirais à mon chef que je me suis fait agresser, ce qui n'est pas totalement faux, n'est-ce pas ? Je soupire, m'affalant sur un siège en saisissant mon café tiède que j'avale d'une traite. Je reporte mon regard sur la petite brune. Pour une fois je me pose pour la regarder d'un ½il impassible... Elle est plutôt jolie, quand j'y pense. Dommage qu'elle soit aussi chiante. Je soupire encore, et j'appuie sur un bouton pour fermer totalement les fenêtres et nous plonger dans l'obscurité. Je me doute que l'interrupteur se trouve à proximité, et je ne tarde pas à appuyer dessus. Et la lumière fut ! *.*
Emy ne releva pas le refus du libraire ; sourcilla simplement en réalisant qu'il l'avait tutoyée, mais sans en dire un mot. Après tout, après ce qui venait de se passer, ça n'était pas foncièrement choquant. Ses émeraudes posées dans le vide, elle se laissa aller aux suppositions les plus farfelues sur toute cette histoire - avec au premier rang l'idée que tout ça pouvait être réel. Difficile d'en douter maintenant, surtout quand une autre personne était là pour témoigner des mêmes choses que vous. Un soupir imperceptible lui échappa, tandis que le noir se faisait dans la pièce. Tout en songeant, elle s'était rapprochée, puis appuyée sur le bureau - la fatigue se faisait plus que sentir. Quand les néons s'allumèrent, elle observa à la dérobée Natanael. Avant de laisser ses esprit formuler la phrase "Il est plutôt beau en fait" elle se força à penser à l'homme qui était censé partager sa vie depuis maintenant un an - et à qui on pouvait remettre une médaille pour parvenir à supporter ses sautes d'humeur. Un éclat de rire discret et cristallin lui échappa soudain, sans qu'elle ne puisse le retenir. La nervosité, le stress, elle laissa tout ça s'évacuer dans cette douce hilarité, sans même trop savoir pourquoi elle riait. L'espace d'un instant, ses prunelles émeraude et rieuses croisèrent celles - profondément océanes - du jeune homme puis elle repartit de plus belle. Enfin, mieux valait en rire qu'en pleurer...